Lettre à Emma

Le soleil baigne de sa lumière la rue. Les passants prennent leur temps, discutant entre eux tout en marchant sur le trottoir. Les voitures défilent me barrant la vue sur le café. Ce dernier me tend les bras de l’autre côté du carrefour. Je n’ai qu’à traverser pour m’y rendre. Mes yeux balayent la terrasse de l’endroit te cherchant. Mais tu n’es pas là. Pas encore.

Suis-je en avance ? Cela ne me surprend pas au fond. Tu sais à quel point je n’apprécie pas être en retard. Midi est midi, non midi et une minute. Un coup d’œil à ma montre suffit à me donner raison. Je suis à l’heure et toi, non. Mon cœur se serre à la seule pensée de te revoir. Depuis mon départ, je n’ai cessé de penser à toi.

Pourtant, je ne viendrais pas à ta rencontre. Oh, Emma, pourquoi m’as-tu retrouvé ? Pourquoi donc remuer le couteau dans la plaie ? Nous sommes toutes deux que ma fin heureuse est impossible. Les vilains n’ont pas de fin heureuse. Le bonheur leur est impossible. Qu’est-ce qu’il te fait penser que tu pourrais changer les choses ? Je suis un vilain, Emma. Ne l’oublie pas.

Ma respiration s’accélère lorsque j’aperçois une chevelure blonde au loin. Elle s’approche du café et mon sang ne fait qu’un tour. La descente est rude quand je constate que ce n’est pas toi. La jeune femme embrasse son compagnon avant de prendre place à ses côtés. Tout cet amour me rend nauséeuse. Le signal du feu tricolore me fait soupirer. Il passe encore une fois au vert. La cinquième fois depuis mon arrivée.

Pourquoi donc suis-je ici ? Quand j’ai lu ta lettre, mais surtout ta demande de rendez-vous la colère m’a consumé. Pour une fois que je pense à mon bien-être, voilà que tu m’ôtes mon choix. Je suis partie pour ne plus souffrir, Emma. Et aujourd’hui, l’espoir renait en moi. Je te déteste tellement pour cela. La douleur de me séparer de toi et d’Henry était déjà suffisamment rude. À présent, elle est insoutenable.

Je ne peux pas te parler, Emma. Échanger avec toi est admettre tous mes mots, mes sentiments et croire qu’un futur est possible. Je ne devrais même pas attendre de t’apercevoir. Je me torture moi-même en ne bougeant pas de ma cachette. Les passants se succèdent, la trotteuse court sur le cadrant et la terrasse du café est bondée. Tu n’es pourtant pas là.

Me haïr pour ma lâcheté est tout à fait normal. Je me hais moi-même. Mon cœur se serre quand pour la sixième fois, le feu émet son passage au vert. Je peux traverser, pourtant, je ne le fais pas. Le café est à quelques mètres. Il est évident que tu ne viendras pas. À cette réalisation, je sens les larmes s’accumuler dans mes yeux. J’aurais dû le savoir. Espérer n’est jamais une bonne chose. Ce sentiment ne sert qu’à souffrir et se fourvoyer. Mon estomac se noue quand les passants me passent pour continuer leur chemin. Leurs pas surplombent les bruits ambiants de la rue. Pourquoi suis-je encore ici ?

  • Je savais que je te trouverais là.

Des millions de frissons parcourent ma peau. Ma nuque chauffe, destinataire de ces mots. Mon cœur s’emballe. Je reconnais cette voix au travers du brouhaha. Comment as-tu su ?

  • Je suis désolée pour mon retard. Mais tu me connais, je n’aime pas être à l’heure, continues-tu avec un sourire dans ta voix.

La même expression s’empare de moi. Tu ne peux pas rester sérieuse deux minutes. Si d’ordinaire je te réponds par du sarcasme, mon mutisme te pousse dans ton monologue.

  • Tu as choisi l’endroit parfait pour m’observer sans que je puisse te voir. Mais tu as oublié une chose, Régina. Je te connais. Dès lors que tu es sur le point de toucher du doigt le bonheur, tu hésites et tu attends. Tu l’observes sans te mouvoir. Je ne suis pas comme les autres.

Mes yeux se ferment en t’entendant prononcer ces mots. Non, Emma. Tu n’es pas comme les autres. Mon cœur bat que pour toi et cela souligne déjà ta différence. Ma magie s’affole dans mes veines alors que je sens la tienne te répondre. Étrange pour une ville où la magie n’existe pas.

Je devrais me retourner et admirer tes prunelles émeraude qui m’ont tant manqué, mais je ne peux pas. Mon corps se le refuse alors que mon cœur lui crie de succomber. Sentir ta chaleur, ta présence si proche me ramène dans le passé. Tous ces jours à te pleurer, à prier que tu m’aimes en retour alors que tu te présentes dans les rues de Storybrooke aux bras du pirate. Je peine à respirer tant les souvenirs m’assaillent. C’est comme si un couteau vient de rouvrir une ancienne blessure, encore trop fraiche. Rien que pour cela, je te déteste.

  • Te laisser partir m’est impossible. Pas en sachant que tu m’aimes aussi. Pas sans vivre notre histoire à nous, Regina.
  • Tais-toi, je t’en prie.

Ma voix sonne faux. Tu le sens également, car je peux prédire le sourire présent sur tes lèvres. Je sursaute presque lorsque ta peau effleure mes doigts. Enfin un contact entre nous. Ma résolution diminue. Les battements de mon cœur s’accélèrent et ma magie fluctue sous ma peau. Je te sens te rapprocher réduisant l’espace entre nous. Ton souffle glisse sur mon oreille tandis que tes doigts jouent tranquillement avec les miens. Que crois-tu faire ? Apaiser ma colère avec ce contact, avec ta douceur et ta candeur ?

J’aurais voulu te repousser, mais je n’y parviens pas. Tu as déjà réussi à faire tomber mes barrières. J’aurais dû rester dans mon appartement. Cette sottise s’envole quand tu glisses tes doigts entre les miens et resserres le contact. Mon cœur rate un battement sous la signification de ce geste. Les mots écrits dans ta lettre me reviennent. Nous partageons les mêmes sentiments et tu es là. Tu es venue me rejoindre à Los Angeles.

  • Allons-nous boire un café ? À moins que tu cherches à t’enfuir de nouveau.

La peur dans la fin de ta phrase me pousse à te faire face. Je tombe dans ton regard envoutant. Nos doigts dansent ensemble, se caressant au grès des passages des piétons. Emma, tu me fixes intensément comme si tu me découvrais pour la première fois. Cette constatation me fait réaliser que ce regard est le même que le soir de notre rencontre. Un sourire faussement timide s’installe sur tes lèvres.

  • Salut.

Ce mot. Tu le prononces de la même façon qu’il y a sept ans. Ma poigne se resserre sur tes doigts. Je ne veux plus être loin de toi. Sans pouvoir me retenir, je te prends dans mes bras. Ces derniers glissent sur tes épaules dénudées. Je te sens frissonner avant de soupirer d’aise lorsque ton menton se pose sur mon épaule. T’avoir si proche me comble. Tes doigts s’écartent sur mon dos afin de me blottir un peu plus contre toi. Un sourire niais nait sur mes lèvres.

  • Tu es parvenue à sortir sans ta veste hideuse ?

Mon sarcasme te fait doucement rire dans mon cou.

  • Elle est à l’hôtel.

Ne pouvant pas rester enlacées de la sorte en plein milieu de la rue, je nous détache à contrecœur. Instinctivement, tu viens chercher mes doigts. C’est le signal sonore du feu tricolore qui interrompt nos retrouvailles. Passé au vert, ce dernier me pousse à te tirer vers le passage piéton. Nous traversons et nous rendons au café dans le silence le plus total.

Une fois installée en terrasse, tu baisses ton regard. Ton assurance semble s’être envolée. Tes doigts triturent la serviette en papier blanc présente sous ton gobelet fumant. À quoi penses-tu pour arborer une mine aussi songeuse ? Je profite de ton mutisme pour boire une gorgée de mon liquide. Lorsque ma tasse retrouve la table, tu m’adresses de nouveau la parole.

  • Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

Ton ton n’est en rien accusatoire pourtant je ne peux m’empêcher de croire que c’est le cas.

  • Je te retourne la question.

Tes prunelles vertes me fixent avec défiance. La Emma qui adore me tenir tête est de retour, enfin. J’aime tellement quand tu cherches à me contredire, seulement pour le plaisir de me démontrer que j’ai tort. Ta défiance, ton entêtement et ton insubordination m’ont toujours attiré. Par moment, j’avais l’impression que tu le savais, tu te doutais. Tu prenais ce malin plaisir à me défier.

Tu te redresses puis tu t’appuies sur tes coudes. Ta main droite glisse lentement sur la table se stoppant devant la mienne. Tu hésites un instant avant de finalement frôler le bout de tes doigts contre ma main. Ce simple contact m’électrise. Tu en as conscience, car un sourire fier habite ton visage. Je roule des yeux sous ton arrogance te faisant glousser. Ton index tapote gentiment le dos de ma main. Mes yeux observent ce geste alors que mes pensées embrument mon esprit.

Pourquoi n’ai-je rien dit ? Avouer mes sentiments n’a jamais été une chose aisée. La seule personne que je n’ai jamais aimée a été tuée sous mes yeux par ma propre mère. Daniel repose désormais en paix et mon cœur s’est épris de toi : la sauveuse. Quand j’ai pris conscience de ton statut, il était déjà trop tard. Tu avais déjà mon cœur. Ne pas t’avouer que j’étais amoureuse de toi te préservait d’une mort certaine.

  • Nous avons frôlé la mort sans que nos sentiments entrent en ligne de compte, me réponds-tu naturellement.

La surprise prend mes traits quand je comprends que tu as entendu mes pensées. Tu me regardes avec confusion et cette moue attendrissante qui te caractéristique. Ta main laisse la mienne et tu te recules jusqu’à ce que tu t’adosses contre le dossier de la chaise. Tes bras se croisent te donnant une certaine contenance.

  • Qu’ai-je dit pour te surprendre autant ?
  • De quel sort as-tu usé pour lire dans mes pensées ?
  • Aucun. Tu connais ma maladresse en ce qui concerne la magie, répliques-tu avec sincérité.

Comment est-ce possible ? Tout en t’observant, je cherche dans mes souvenirs d’apprentissage des sortilèges. Tous nécessitaient des années de pratique et la connaissance parfaite du langage elfique. Tu m’as donc dit la vérité. Mais alors que tu prends une première gorgée de ton café, la réalité me frappe en plein visage. Le paragraphe d’un livre de magie me revient.

Mes yeux te dévisagent. Tu poses le gobelet tout en répondant à mon regard. Je peux voir tout l’amour que tu me portes dans tes pierres jade. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? De nos places respectives, nos magies s’appellent, se cherchent. J’aurais dû le comprendre dès le premier jour. Les signes étaient là.

Je laisse glisser ma main jusqu’au centre de la table. Tes yeux l’observent un instant avant de t’en saisir tendrement. Ta peau contre la mienne est une sensation dont je ne peux déjà plus me passer. Comment ai-je pu vivre sans ? Ma magie se libère lentement selon mon contrôle. Je la sens effleurer tes doigts, Emma, et comme si elles communiquaient, la tienne vient faire de même. La table vibre, nos cafés bouillent et le temps ralentit. J’observe les alentours. La rue est figée, le feu ne change plus de couleur et les discussions se sont tues.

Tu reportes son regard sur moi. Tu es confuse ce qui me fait doucement sourire. Les livres de magie n’ont jamais été ta tasse de thé ni même la lecture en général. Je ne cherche pas à me concentrer et te susurre les mots que j’ai toujours voulu te partager.

  • Je t’aime.

La confusion s’installe sur tes traits alors que tu me fixes toujours. Je souris un peu plus et te défie du regard. Mes lèvres restent closes quand je réitère ma déclaration.

  • Je suis amoureuse de toi, Emma. Aujourd’hui plus qu’hier.

La surprise est telle sur ton visage que j’ai l’impression que tes yeux vont sortir de leur orbite. Tu quittes le dossier de ta chaise pour te rapprocher de la table. Ton regard parcourt le moindre recoin de mon visage à la recherche de la solution. Non, Emma. Tu as bien vu, je n’ai pas ouvert la bouche pour parler. Notre magie continue ses effets sur les alentours. Personne ne bouge, tout est figé. Nous sommes seules dans ce café.

Lorsque tu remarques enfin la situation dans laquelle le lieu se trouve, tu sembles enfin comprendre. Un sourire niais nait sur tes lèvres. Tes prunelles émeraude plongent dans les miennes alors que tes doigts viennent chercher ma main. Nos gobelets manquent de tomber sous la puissance de la magie qui est libérée. Tu en ris. Un de mes sourcils se lève sous ta réaction incongrue. Tu as toujours réagi de manière étrange dans les situations complexes. Chaque fois que je pensais que tu allais choisir la droite, tu empruntais la gauche. Finalement, après plusieurs secondes à sourire, tu baisses à nouveau ton regard.

Un silence agréable nous enveloppe tandis que tu joues distraitement avec mes doigts. Ton autre main est venue rejoindre l’autre et tu joues avec la bague présente à mon majeur : celle de Daniel. Tu la tournes, la détailles, puis un sourire songeur t’anime. Sans la quitter des yeux, tu murmures ce que toutes les deux, nous venons de comprendre.

  • Ma mère ne m’a jamais informé que le véritable amour permet de lire dans les pensées de l’autre.
  • C’est impossible.

Ta moue dubitative est adorable et insupportable à la fois.

  • Seuls deux êtres magiques peuvent faire ça, deux êtres partageant le véritable amour.
  • Comme nous.

T’entendre murmurer ces mots affole mon cœur. Oui, Emma. Comme toi et moi. Si l’on m’avait dit sept années plus tôt que je tomberais amoureuse de la sauveuse, j’aurais maudit cette personne. Aujourd’hui, je ne m’imagine pas ma vie sans toi. Perdue dans mes souvenirs, j’ai à peine le temps de hoqueter de surprise que tes lèvres se posent sur les miennes. Un vent violent se répand balayant les alentours du café. Un sourire s’immisce dans notre premier baiser. Mon cœur bat la chamade en comprenant que cette fois-ci, nous sommes à l’origine de cet arc-en-ciel d’amour. Mes doigts glissent dans tes mèches blondes t’amenant plus à moi. Mon souffle est court, tes lèvres sont sucrées et notre amour éclate enfin au grand jour.

Lorsque nos bouches se détachent, le café reprend vie. Le brouhaha reprend ses droits tandis que ton nez frôle le mien. Nos regards se rencontrent sous le soleil de Los Angeles. Sans te détacher, tu tires la chaise à mes côtés.

  • Depuis que je t’ai vu sur le trottoir, je mourrais d’envie de t’embrasser, me dis-tu avec ton arrogance naturelle.
  • Es-tu satisfaite désormais ?
  • Pas tout à fait non.

Le sourire qui orne ton visage me coupe le souffle. Ta main vient s’emparer de ma joue avant que tu ne scelles à nouveau nos lèvres dans un baiser passionné. Tes lèvres épousent ma lèvre inférieure. Je frissonne quand ton baiser est agrémenté de ta langue. Embarrassée, je me détache légèrement mettant fin à cette démonstration d’affection. Je racle ma gorge en me redressant sur la chaise. Ton sourire en coin m’agace et tu le sais. Tu glousses en te jouant de moi alors que j’observe les autres consommateurs.

  • Je t’aime aussi, Régina. Personne ne fait attention à nous.
  • J’ai simplement du mal à réaliser, c’est tout.
  • Pourtant, c’est bien réel. Toi et moi, ensemble.

Émue par tes mots, je viens poser mon front contre le tien. Je t’aime tellement, Emma. Les larmes me montent aux yeux sous la puissance de mes sentiments. Mes doigts agrippent ton débardeur au niveau de la bretelle. Tes doigts caressent ma joue puis ton pouce passe sur ma lèvre inférieure.

  • Et si nous rentrions à la maison ? me demandes-tu avant de m’embrasser le front.

FIN

Lettre à Emma Partie 1

Lettre à Emma Partie 2

Suis moi et abonnes toi
error

One Reply to “Lettre à Emma partie 3”

  1. Quel plaisir de te lire à nouveau ! Ton écriture m’avais manqué ;0)
    Magique leur retrouvaille !
    J’espère te relire bientôt. Amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial