je t'espérai fanfiction swan queen

 

Tu n’aimeras jamais personne comme ton âme sœur.

Cette simple phrase, Emma l’entendait régulièrement dans son esprit. Teintée de la voix de sa mère, elle lui rappelait le rôle de son pendentif. Ce petit cristal d’une couleur bordeaux qu’elle dissimulait sous son uniforme. Elle pouvait le sentir bruler sa peau à chaque mouvement, chaque course, chaque mission qu’elle effectuait à l’autre bout du monde.

Cet illustre caillou que les parents offraient comme une bénédiction à leurs enfants dès l’âge de trois ans, et qui ne les quittait pas jusqu’à ce qu’ils rencontrent leur âme sœur. Le monde entier fonctionnait comme cela. Sa main passa au-dessus du bijou sans y faire attention, tandis que son esprit vagabondait au lieu de chercher le sommeil.

Le lieutenant se souvenait du jour où ses parents lui avaient confié son bien. Elle en avait entendu parler dès qu’elle fût en mesure de comprendre. Si elle était à l’époque impatiente de porter ce collier, aujourd’hui, elle ne le supportait plus. Elle n’avait qu’une envie qu’il disparaisse. Cependant, la blonde savait pertinemment que ce serait le cas uniquement quand elle eût rencontré son âme sœur. Pourquoi fallait-il que le monde suive cette tradition ?

Couchée sur son lit de camp, le soldat extirpa son cristal afin d’en contempler sa couleur distincte. Le sien était d’un rouge bordeaux, comparable à la couleur d’un vin. Lorsque sa mère lui avait passé le collier, le pendentif arborait une couleur neutre, presque invisible à l’œil nu. La surprise s’était emparée de l’enfant aux mèches blondes lorsque le caillou se teinta de cette couleur si particulière. Un rouge bordeaux. Si Emma aimait cette coloration depuis sa tendresse enfance, désormais elle lui riait au nez.

A vingt-huit ans, le lieutenant des marines portait toujours son collier, signe significatif qu’elle n’avait pas encore trouvé son âme sœur. Ses collègues affichaient fièrement leur cou libéré de ce fardeau, se pavanant heureux de pouvoir partager leur vie avec la personne qui leur était destinée. Ne souhaitant pas subir les moqueries ou la pitié de ne pas avoir cette chance, Emma cachait son cristal sous son uniforme militaire. Elle ne partageait sa vie avec personne, et loin de sa famille ou de son pays, il était peu probable qu’elle rencontre un jour l’âme qui lui correspondrait.

Dès lors qu’elle eut dix-huit ans et le collier toujours présent à son cou, Emma s’était engagée dans les marines. Elle ne supportait plus de voir le bonheur de ses amis autour d’elle. Chacun trouvait la personne qui leur était destinée, affichait leur amour au grand jour et se sentait libre sans leur cristal dictant leur vie. À l’époque, le soldat avait espéré fuir cette obligation, perdant espoir d’un jour unifier son âme avec quelqu’un. Mais aujourd’hui, elle se demandait s’il ne valait pas mieux vivre seule que d’attendre après un caillou stupide. Dans un excès de colère, la blonde s’empara de la pierre et tira violemment. Rien ne se passa. Le rouge bordeaux était toujours à sa place. Nul ne pouvait l’enlever. Le cristal semblable à une marque au fer rouge demeurait au cou de sa détentrice.

Demain, elle rentrait enfin chez elle, chez ces parents, après une mission de deux ans. Emma connaissait la première question de sa mère. Elle demanderait à voir si son pendentif était encore là. Bien sûr qu’il l’était. Le retour à Storybrooke sera le même que le précédent. Seule, déchue et surtout dégoutée par le bonheur des autres. Même ses parents s’étaient rencontrés à l’âge de dix-sept ans. Le lieutenant avait cru que cela allait se produire pour elle, mais il n’en avait rien été. Elle approchait de la trentaine et n’avait jamais aimé personne comme ses parents ou amis s’aimaient.

Sac de l’armée sur l’épaule, le soldat avançait en tenue de civil dans les rues de sa ville natale, n’ayant pas souhaité que ses parents vinssent la chercher à l’aéroport. Elle avait pris un taxi pour atteindre la ville, la déposant au clocher. Ses yeux jade cachés par des verres solaires, elle avançait sur l’avenue principale. Son regard se posa alors sur un groupe d’enfants qui jouait devant la boutique de l’antiquaire, leurs cristaux réfléchissaient la lumière du soleil de l’automne. Elle leur souhaitait grandement de profiter de leur innocence tant qu’ils le pouvaient, car un jour, l’espoir de trouver la personne faite pour eux les submergerait.

***

L’institutrice salua un à un ses élèves avant de rassembler ses affaires sur son bureau. Le cours de l’après-midi demeurait sur le tableau noir, datant l’histoire des États-Unis avec une frise chronologique. La brune récupéra ses lunettes qu’elle rangea délicatement dans leur étui lorsque sa collègue entra dans sa classe.

—    Vas-tu à la soirée de ce soir Regina ?

L’intéressé releva son regard brun sur la professeur de science naturelle, qui affichait un sourire radieux. Cette dernière semblait plus enjouée que d’ordinaire, dégageant une bonne humeur communicative.

La soirée d’Halloween était l’une des plus prestigieuses de la ville. Chaque année, les habitants se retrouvaient, dans la grande salle des fêtes, déguisés pour l’occasion. Même si en réalité, ce genre de rassemblement n’était qu’un prétexte afin de provoquer les rencontres de future âme sœur. Regina s’y était aventurée les deux premières années après son emménagement à Storybrooke, en réponse à un poste d’enseignante d’histoire vacant. Cependant, cela n’avait servi à rien, mise à part une bonne gueule de bois le lendemain. Elle vivait toujours seule dans son appartement au centre-ville, non loin de la mairie et du collège.

L’enseignante se baissa pour récupérer les copies qu’elles devaient corriger, sentant au passage son cristal lui glacer la peau, la pierre aussi froide qu’un glaçon. Elle soupira se rappelant la question de sa collègue. La fête d’Halloween.

—    Je l’ignore Mary-Margaret. J’ai des copies à noter.

—    J’espère à ce soir !

La femme partie aussitôt emportant sa bonne humeur avec elle. Lorsque la latina sortit de sa salle de cours, les collégiens naviguaient dans le couloir. Leurs rires résonnaient dans l’espace. Certains saluaient d’un signe de tête l’institutrice qui leur rendait un sourire. Ses yeux bruns se posaient systématiquement sur leurs cristaux posés sur leurs pulls ou vestes. Aucun n’avait la même couleur que le sien.

Avec les années, Regina avait cessé de croire qu’une personne lui était destinée. À trente ans, il était inutile d’espérer qu’un jour, elle partagerait sa vie avec quelqu’un. Elle avait étudié cette histoire d’âme sœur durant ses études, curieuse d’en connaitre l’origine. Les cristaux remontaient à des siècles. Une sorcière avait jeté un sort sur ces derniers afin de punir une rivale, la bannissant à chercher son âme sœur encore et toujours. L’induisant en erreur avec des couleurs, lui rendant la tâche plus difficile. L’enseignante avait même lu qu’il était possible qu’une personne ne rencontre jamais son être aimé, soit parce que cette dernière était décédée, soit parce que la distance les séparait.

À voir son horloge biologique tournée, la brunette se demandait si elle ne faisait pas partie de ces rares exceptions. Son pendentif brillant encore et toujours à son cou, la couleur camouflée aux yeux de tous. Seule la corde magique, transparente était visible sur sa peau hâlée, signalant sa condition. Regina croyait fermement qu’elle était destinée à n’aimer personne, mais surtout de ne jamais être aimée en retour.

Profitant des rayons du soleil d’automne réchauffant l’atmosphère, elle décida de rentrer à pied. Ses talons claquaient sur le bitume, sa sacoche se mouvant dans sa main à chacun de ses pas. Son cardigan ouvert, les pans flottaient derrière elle, aidés par la légère brise. Elle passa devant le cabinet du psychiatre. Ses yeux capturèrent une personne qu’elle n’avait jamais vue ici. Une militaire, à en juger par son énorme sac à dos qu’elle portait sur son épaule. Une veste en cuir noir, des lunettes d’aviateur sur le nez, la femme blonde traçait son chemin, la passant sans un bonjour. Jamais Regina n’avait vu des militaires dans cette ville.

À l’angle de l’antiquaire, elle tourna dans la rue adjacente, rejoignant un immeuble. Elle monta les quelques marches menant au premier étage et entra la clef dans la serrure de son appartement. Après avoir ôté son manteau et ses talons, elle se prépara un thé. Le silence pesait sur ses épaules. En attrapant une tasse dans un cabinet en hauteur, le pendentif se fit à nouveau sentir contre son épiderme. À présent seule, elle le sortit de sa cachette. Sa couleur réfléchit sur les doigts de l’institutrice. Elle aimait cette pigmentation même si elle signifiait sa solitude. Ce rouge bordeaux intense, à la limite de la passion.

Elle contempla le caillou. Devait-elle aller à cette soirée ? Elle s’y était rendue les deux années précédentes sans succès, même si l’animation l’avait diverti et l’alcool avait coulé à flots. Avait-elle suffisamment de ressources pour essuyer un nouvel échec ? Regina lâcha son cristal, le laissant tomber contre sa chemise bleu ciel. Storybrooke était une petite ville où tout le monde se connaissait. La latina savait pertinemment que si une personne lui était destinée, elle ne la trouverait pas ici. Seulement, la fête d’Halloween amenait de nouveaux visages des villes environ, notamment Boston, grâce à sa popularité et ses attractions. C’était l’occasion idéale pour faire des rencontres. Les habitants attendaient cet évènement avec impatience, les parents espérant être témoins d’une liaison amoureuse.

Ce terme signifiait la rencontre entre deux âmes sœurs et l’instant même où leurs cristaux disparaissaient à l’identification de sa moitié. Regina se souvenait de sa mère qui lui avait conté sa liaison avec son père. Elle lui avait décrit ce sentiment de reconnaissance de son âme sœur qui lui eut coupé le souffle. Les accélérations de son cœur et les visions. Sa mère avait expérimenté des images de son futur avec sa moitié.

Tasse fumante dans ses mains, la latina observait l’extérieur de sa fenêtre. Des couples se promenaient dans l’avenue centrale. Les doigts entremêlés, des sourires sur leur visage. Ils étaient heureux. Elle contemplait les différentes unions, de sexe opposé, de même sexe, afficher leur bonheur aux yeux de tous. Même si elle acceptait le fait de finir ses jours seuls, le sentiment de solitude affective frappait parfois l’enseignante. Cela l’étouffait particulièrement lorsqu’elle rentrait de sa journée de travail dans cet appartement vide de toute présence. Elle aussi méritait de passer sa porte afin de retrouver la personne qui partageait sa vie. Le temps en décidait autrement.

Ses iris bruns se détournèrent de la ville pour venir se poser sur sa sacoche renfermant un paquet de copies à corriger. Elle avait le choix. Soit, elle restait à faire son travail, soit, elle tentait de nouveau sa chance.

***

Main dans les poches de son treillis, la blonde n’avait pas voulu faire d’effort pour cette soirée de supercherie. Halloween était l’évènement à Storybrooke, celui à ne manquer sous aucun prétexte, mais Emma savait. Elle connaissait la raison première de cette fête : les cristaux. D’après la légende, ils auraient été conçus à cette période de l’année par une sorcière afin de se venger d’une femme en la séparant de son être aimé. Le soldat était présente à cette occasion seulement parce que sa mère avait rudement insisté.

Elle la connaissait suffisamment pour savoir que si elle ne s’était pas rendue à cette fête, sa mère serait venue la chercher et l’aurait trainée jusque-là. Alors le lieutenant avait enfilé son uniforme, jouant un tant soit peu le jeu du déguisement et s’était dirigée vers la salle des fêtes. Malgré sa présence, elle avait pris soin de camoufler son pendentif sous son teeshirt manches longues blanc. Certes, elle faisait acte de présence, cependant, elle ne jouerait pas le jeu. Et par jeu, elle entendait chercher son âme sœur. Si elle ne l’avait jamais rencontrée durant ses missions, ayant visité une dizaine de pays, ce n’était surement pas dans sa ville natale que cela allait être le cas. Elle connaissait tous les habitants, et aucun n’arborait sa couleur.

Lorsqu’elle pénétra dans la salle, un sourire nostalgique s’empara de son visage. Elle se souvenait des moments avec ses amis, alors qu’ils n’étaient encore que des adolescents prêts à s’amuser. Des bières qui s’enchainaient tout en dansant sur la musique. Les frayeurs qu’ils partageaient dans les attractions. Mais surtout les fous rires. Tout ceci n’était plus maintenant qu’ils étaient tous liés et qu’elle était partie pour l’armée.

Dans cette marée humaine, les cristaux de chacun ressortaient. Très peu étaient les gens qui les cachaient. Emma se servait une bière, laissant le liquide remplir un gobelet rouge sang. Elle en but une gorgée en scrutant l’espace. La piste de danse était animée par un DJ, la musique éclatait dans l’espace, les basses suffisamment fortes pour faire vibrer le sol. Malgré toute cette foule, la blonde se sentait seule. Elle captura ses parents de son regard verts, réprimant un rire lorsqu’elle les vit essayer d’effrayer un groupe d’adolescents. Leur gentillesse transparaissait sur leur visage rendant leur tâche impossible.

—    Swan ?

Le soldat détourna son regard, le posant sur une connaissance de son enfance. L’homme afficha sa joie de la revoir, la prenant dans ses bras malgré sa réticence.

—    Je te croyais en mission !

—    Je suis rentrée hier. Une permission de quatre mois avant la prochaine, expliqua le soldat en mettant de l’espace entre eux.

Killian n’avait pas changé. Sa barbe était toujours présence, son arrogance transpirait de son attitude et sa coiffure était la même après des années. Mais ce fut alors qu’une femme se posta à ses côtés, heureuse comme jamais. Les yeux verts cherchèrent le cristal d’un bleu azur de son ancien ami, en vain. Même lui avait trouvé sa moitié. Un sourire dégoulinant d’amour emprisonna son visage narcissique.

Emma se sentit de trop. Cette situation lui rappelait sa décision d’intégrer l’armée. Là-bas, dans le désert, loin de tout, sans côtoyer d’autres personnes que ses équipiers, elle ne ressentait pas ce sentiment de rejet permanent. Elle était seule, comme ce soir. Un sourire forcé glissa sur ses lèvres lorsque la femme la salua poliment.

—    Emma est une amie d’enfance. Elle est un marine maintenant, informa Killian à son âme sœur.

—    D’où l’uniforme.

—    En effet, répondit le lieutenant sur le même ton qu’elle employait avec ses supérieurs. Ravi de t’avoir revu Killian.

D’un signe de tête, elle se sortit de cette situation pénible. C’était ce qu’elle faisait le mieux. Courir. S’enfuir. Loin. Gobelet dans sa main, elle prit une nouvelle gorgée. Elle passa non loin de ses parents, les laissant à leur stand de frayeur. La fraicheur de la soirée frappa son visage, l’obligeant à inspirer profondément. Elle détestait ce genre de retrouvailles. Celles où elle devait se justifier de son départ, de la présence de son collier autour de son cou. Elle haïssait ses moments où ce foutu cristal pesait plus que son poids réel, l’étouffant.

Assise sur une meule de foin, à l’entrée du parcours de la frayeur, Emma savourait lentement son alcool, seule. Elle voyait passer des enfants avec leurs parents ou encore des couples entrer dans cette attraction. Elle l’avait fait tellement de fois avec ses amis. Chaque année, le parcours changeait ainsi que les créatures, à l’intérieur, postées dans le but d’effrayer les passants.

Sa bière finit, elle laissa le gobelet sur le foin, descendant de son perchoir afin de pénétrer dans le parcours. Après tout, une bonne frousse lui rappellerait le combat et lui ferait oublier durant quelques minutes son cristal. Ses boots s’enfonçaient dans la boue du champ, les rares torches indiquaient le chemin. Des cris de terreur se faisaient entendre au loin, accompagnés par des rires machiavéliques. Cette année, le thème n’était autre que le moyen âge.

Avec l’habitude de telles conditions, Emma devinait des silhouettes derrière les arbres de la forêt. Elle avait quitté le champ depuis plusieurs minutes maintenant, laissant derrière elle des paysans à la gorge tranchée ou encore des mendiantes aux yeux révulsés. À présent, elle avançait dans la pénombre la plus totale, slalomant entre les arbres. Elle sentait l’appréhension au creux de son ventre, comme lors des missions où l’ennemi n’est pas visible, mais proche. Cette sensation de peur mélangée avec de l’excitation ne la quittait pas à mesure qu’elle s’enfonçait dans la nuit.

Soudain, une main se posa sur son épaule puis un rire maléfique retentit dans son oreille. Elle sursauta. Le lieutenant rit au chevalier qui avait réussi à la surprendre, le félicitant de son exploit.  Alors que la pression redescendait dans son corps, Emma épousseta son uniforme, continuant son parcours. Des bruits de sabots pouvaient être entendus à quelques mètres. À la lumière d’une torche, elle aperçut une silhouette déguisée d’une longue robe foncée, cette dernière trainant sur le sol. La femme n’avait rien d’une paysanne ou d’un intervenant dans ce stand. Elle parcourait elle aussi l’attraction.

***

L’enseignante se demandait d’où lui était venue l’idée de vouloir à tout prix essayer le parcours de la frayeur dans cette robe. Le tissu trainait au sol, collectant la boue sur son passage. Elle avait su se repérer grâce aux torches, seulement, depuis qu’elle avait mis les pieds dans la forêt, elle n’y arrivait plus. Les lumières étaient si espacées qu’il était impossible de les voir entre deux points de passage. Retenant sa cape comme elle le pouvait, elle sentait ses talons s’enfoncer dans la terre, la retenant dans son avancée.

Regina avait fait une pause dans le parcours, se stoppant à la lumière d’une torche. Le silence de l’endroit lui glaçait le sang. Elle avait déjà crié de terreur plus d’une fois depuis le début de cette attraction, et se jura de ne plus jamais y participer. Elle adorait Halloween, mais détestait avoir peur.

Alors qu’elle allait continuer sa marche, des bruits de sabots retentirent soudainement derrière elle. L’institutrice n’eut pas le temps de se tourner, qu’un corps la percuta sur son côté gauche, l’amenant contre un arbre. Dos contre le tronc, surprise et confuse de la situation, la latina put tout de même voir un cavalier passer à l’endroit exact où elle se trouvait quelques secondes plus tôt. Elle aurait pu se faire piétiner par un cheval si la personne n’était pas intervenue.

Ses yeux furent attirés par une couleur qu’elle connaissait. Ses prunelles ambre se posèrent sur un cristal rouge-bordeaux. Elle eut une seconde de reconnaissance croyant que ce pendentif était le sien. Il n’en était rien. Là, sous ses yeux brillait ce rouge-bordeaux qu’elle adorait. La couleur illuminait d’un cercle, le début d’un col à l’imprimé militaire. Inconsciemment, sa main vint chercher son homologue, sorti du décolleté de la robe avec l’agitation.

—    Vous allez bien ? questionna une voix dans son oreille.

Confuse que les cristaux n’eussent pas disparu étant pourtant de la même couleur, Regina ne sut quoi répondre. Elle avait trouvé son âme sœur, ou plutôt, il l’avait trouvée. Mais les colliers étaient toujours là. Sa main le lâcha.

Sous l’absence de réponse de la femme, Emma se recula, tirant sur la veste de son uniforme. Agacée par le fait que son cristal fût sorti de son camouflage, elle le rangea sans un regard vers l’individu, le cachant de nouveau sous son teeshirt blanc. Une fois ceci fait, elle releva son regard vers sa compagnie. À un mètre d’elle, les yeux verts se posèrent sur une coloration qu’elle connaissait pour la porter. Là, sur le sternum de la femme reposait un cristal rouge-bordeaux. Les pierres jade plongèrent dans celles ambre pour une reconnaissance.

Emma sentit le sol se dérober sous ses pieds. Le poids qu’elle portait sur ses épaules depuis l’âge de trois ans s’envola soudainement. Son estomac vibrait, son cœur s’emballait et ses veines palpitaient. Elle comprenait à présent ce que ressentaient les personnes qui rencontraient leur âme sœur. C’était comme si la nuit laissait place au jour en une seule seconde. Que le monde prenait un tout autre sens qu’il ne tournait autour que d’une seule personne. Le soldat se sentait respirer, ses poumons remplis d’air pour la première fois. Son cœur désormais dans les yeux de sa moitié.

L’enseignante se sentit tomber dans les émeraudes qui la fixaient intensément. D’un coup, les flashes d’elle en compagnie de cette inconnue se succédèrent. Leur premier baiser, leurs fous rires, leur mariage, les disputes, leur emménagement, les départs pour l’armée, les larmes et leur enfant. Lorsque la dernière image eut disparu, Regina ressentit enfin ce que sa mère lui avait conté. Son cœur battait la chamade. Elle eut le souffle coupé sous ce regard vert familier. Celui qu’elle verrait pour le reste de ces jours. Celui qu’elle était destinée à côtoyer pour le restant de son existence. Celui qui allait partageait sa vie.

—    Tu…, commença la brune à bout de souffle.

Un sourire tendre prit possession des lèvres de la blonde. Elle s’avança lentement vers la femme dont elle ignorait encore le prénom, mais savait qu’elle était faite pour elle. À quelques centimètres de son corps, toujours collé au tronc d’arbre, elle amena une main sur sa joue hâlée la lui caressant avec affection. Emma se sentait enfin paisible, unifier, une.

Sous cette attention singulière, l’institutrice ne put retenir ses paupières se fermer. Elle pouvait sentir la chaleur de son âme sœur non loin. Pourtant, son cristal brillait encore à la naissance de sa poitrine. Toujours présent. Elle ne comprenait pas. D’un geste incertain, elle porta sa main vers le sternum de la blonde, sentant le caillou sous ses doigts. Pourquoi ne disparaissaient-ils pas ? N’avait-elle pas rencontré sa moitié ?

Le soldat retira son pendentif de sa cachette, le laissant briller sous leurs yeux. Sa lumière s’ajoutait à celle de son homonyme. Leurs reflets illuminaient sensiblement l’espace entre elles. Les yeux verts du lieutenant s’aventurèrent sur le visage aux traits parfaits de cette femme dont elle ignorait tout.

—    Je t’ai trouvé, murmura la blonde frôlant son front contre celui de la brune.

—    Tu … tu es mon âme sœur ? balbutia la latina en fixant les cristaux de son regard.

—    Salut.

Un rire franchit la barrière des lèvres de l’enseignante sur cette rencontre surprenante. Jamais elle n’aurait cru que cela se déroulerait de la sorte. Elle avait imaginé des tas de scénarios tous plus romantiques les uns que les autres. Mais voilà qu’elle rencontrait son âme sœur dans un parcours de la frayeur lors d’Halloween.

—    Je suis Emma. Emma Swan.

Les yeux intenses du soldat se plongèrent dans les iris bruns les envoutant. Regina se souvint alors des visions qu’elle avait expérimentées de leur vie à deux. De la sensation que chacune d’elle avait pu lui faire ressentir. Elle voulait les éprouver avec cette femme. Cette Emma Swan.  Elle voyait son futur dans ses yeux verts. L’enseignante sentit une force la pousser vers la blonde, comme une légère brise qui l’incitait à lui révéler son nom.

—    Regina Mills.

Le soldat entendait enfin le prénom de celle qui allait partager sa vie. De sa moitié. De son âme sœur. Dans un geste affectueux, ses doigts replacèrent une mèche de cheveux bruns. Soudainement, les cristaux se mirent à étinceler. Leur rouge-bordeaux illuminait leurs corps et l’espace autour. Leurs regards respectifs sur leurs colliers, ses derniers se soulevèrent. Les cailloux entre elles, ils commencèrent à se tourner autour dans une danse douce et lente. Leur coloration scintillait sous leur mouvement. Tout à coup, ils se stoppèrent net, l’un en face de l’autre avant de s’unifier et de disparaitre dans un souffle bordeaux, balayant les deux jeunes âmes sœurs sur leur passage. La forêt reprit alors la pénombre qui lui revenait de droit par cette nuit noire.

L’une en face de l’autre, libérées de leurs pendentifs, les deux jeunes femmes ne bougeaient pas. Elles étaient enfin libres, et une. Regina fut subjuguée par le spectacle de leur collier, ne se souvenant pas que sa mère lui ait raconté leur unification. Voilà qu’Emma et elle avaient vécu leur liaison amoureuse. La brune se sentait renaitre, sa solitude envolée. Le silence qui habitait la forêt la ramena à leur situation. Elles étaient toujours dans ce maudit parcours, contre cet arbre, témoin de leur lien.

La blonde posa son index sous le menton de la brune afin que leur regard se rencontre une nouvelle fois. La latina se sentait toute chose sous ce vert émeraude. Elle voyait le soldat parcourir son visage de ces pierres précieuses, si bien qu’elle avait l’impression de sentir leurs caresses sur ses traits.

—    Tu es magnifique, murmura le lieutenant alors que son front se posa contre celui de la brunette.

Cette dernière sentit le rouge lui monter aux joues. C’était la première fois qu’elle se sentait rougir sous les compliments de quelqu’un, et pourtant, elle en avait reçu. C’était également la première fois qu’elle appréciait sincèrement un tel compliment.

—    Je peux en dire autant. Tes yeux me coupent le souffle, avoua l’enseignante avec un sourire tendre.

—    Tu ne sais pas à quel point je t’ai attendu.

—    Je peux l’imaginer. Tu me manquais alors même que je ne te connaissais pas. Je t’espérai.

Dans un geste tendre, Emma déposa lentement ses lèvres sur le front de la brunette qui hoqueta de surprise. Par réflexe, mais surtout une envie irrépressible de contact, Regina attrapa la main de la blonde, entremêlant leurs doigts. Elle sentait les larmes de joie et de soulagement perler au coin de ses yeux. Elle se blottit alors contre le torse du marine qui l’étreignit. Là, au creux de ses bras, l’institutrice sentit la sérénité l’envahir.

—    Dis-moi que c’est cela.

—    De quoi parles-tu ? questionna Emma confuse.

—    Ses sentiments que je ressens là maintenant. Dis-moi que c’est cela tomber amoureuse, te rencontrer.

—    Comme si toute notre existence prenait un sens.

—    Je sais que demain, tout ira bien, souffla la brunette en se lovant un peu plus contre la blonde.

Sentant la latina frissonner contre elle, le soldat se recula. Sous le regard confus de l’enseignante, elle ôta sa veste militaire, restant dans son teeshirt à manches longues blanc. Elle s’approcha de nouveau lui passant la veste autour de ses épaules. Voir la brunette porter son nom d’arme conforta le marine dans sa prochaine action.

—    Regina.

Son prénom prononcé si sérieusement attira l’attention de l’institutrice qui releva les yeux sur le visage de la blonde. Ses pierres jade la dévisageaient encore, l’électrisant, la rendant toute chose.

—    Est-ce que je peux t’embrasser ?

—    Crois-tu que tu as besoin de le demander ?

Sans plus attendre, Emma se rapprocha considérablement de la latina. Poitrine contre poitrine, en raison des talons de sa compagnie, elle n’eut pas besoin de baisser son regard pour le plonger dans celui ambre. Elle y perçut l’amour, son futur et leur vie ensemble. Ses doigts caressèrent la joue gauche de l’enseignante qui posa sa main dans sa nuque. Progressivement, leurs fronts se rencontrèrent, leurs nez se frôlèrent. Le lieutenant captura lentement les lèvres de son âme sœur dans un doux baiser. Ce fut comme si elle trouvait son foyer. Son cœur s’emballa alors, frappant contre sa cage thoracique avec une puissance folle.

Leurs lèvres mouvaient à l’unisson, se découvrant, se liant, se goutant délicatement, tendrement. Regina ramena sa main, auparavant dans la nuque de la blonde, sur sa joue, son pouce effleurant sans cesse sa mâchoire saillante. Elle se trouvait dans ce baiser. Ses jambes flageolaient la soutenant par elle ne savait quel miracle. Ce fut à cet instant précis qu’elle sut que sa vie était Emma Swan.

Et là, dans ses bois, lors de la fête d’Halloween, deux personnes avaient trouvé leur âme sœur. Tombant amoureuses par le plus mystérieux des hasards.

 

FIN

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