The Iron girl swanqueen fanfiction

Son corps devait rester le plus immobile possible. Elle pouvait sentir les rayons de la machine scanner ses os un à un, le casque n’obstruant pas totalement le bruit incessant et puissant du moteur. De la musique avait été mise, cette dernière l’accompagnant durant cet examen. À chaque fois, elle avait l’impression qu’il s’éternisait. Le temps paressant de plus en plus long, à n’en plus finir. Les yeux ouverts, elle fixait le tunnel de cet appareil juge. Pourquoi juge ? Elle l’appelait de la sorte, car ce tunnel bruyant avait le pouvoir de juger votre santé. Il pouvait faire basculer votre vie, votre quotidien en une fraction de seconde. Votre futur entre son mécanisme et ses rayons. C’était lui qui proclamait la sentence.

Emma en avait fait les frais durant son enfance. À sept ans exactement. Se plaignant d’une douleur à la jambe, le médecin des urgences avait voulu la soumettre à cet examen en prévention. Finalement, il avait fait plus que cela. Il avait découvert ce qu’il n’allait pas. Cette tâche infime qui rongeait son os. Le verdict était rapidement tombé à cause de cette foutue machine, qui avait ruiné son enfance. À l’âge de sept ans, elle s’était battue, accompagnée de ses parents contre une maladie terrible. Elle avait eu une opération lourde, et prit des mois pour que son organisme se remette du traitement lourd et puissant, la détruisant presque.

L’institutrice ne connaissait que trop bien cet appareil infernal, scannant chaque parcelle de son corps refroidi par cette blouse infâme qu’elle ne supportait plus. Pourtant, elle devait se soumettre à pareil examen, ce dernier lui ayant tout de même sauvé la vie. Elle le maudissait comme elle le remerciait. Lorsque son combat s’était terminé la première fois, elle avait vraiment cru que c’était la dernière fois qu’elle subirait autant de dommage, qu’elle devrait autant se battre. L’innocence de l’enfance. Seulement, ce n’était pas ce qu’il s’était passé. Non.

Lors de sa première opération, les chirurgiens avaient trouvé une solution pour éradiquer cette tumeur de son os, creusant suffisamment, et remplaçant le trou par un autre morceau de sa crête iliaque. Cependant, treize ans plus tard, alors qu’elle s’apprêtait à passer son concours de professeur des écoles, sa jambe commença de nouveau à la faire souffrir. Elle avait appréhendé cet examen cette fois-là, plus que les contrôles des premières années. Emma n’était pas stupide, loin de là. Elle se doutait que cette foutue maladie était revenue. Comme un rappel qu’une épée de Damoclès planait sur sa tête, ou plutôt sa jambe.

Le verdict était sans appel, et les médecins qui la suivaient depuis l’enfance ne lui donnèrent que deux issues possibles. Oublier sa jambe ou oublier sa vie. Emma se remémora sa décision tandis que la lumière blanche comme les cieux passaient au-dessus de sa jambe, désormais invisible. Elle tentait de se rassurer, se convaincre que ce n’était qu’un contrôle de routine et qu’à la sortie, les médecins la proclameront en guérison. Ce ne sera pas la première fois, seulement, ce terme était toujours plaisant à entendre.

Le bip de fin retentit malgré le casque. L’institutrice s’empressa de retirer ce dernier, puis de s’assoir sur la table couverte d’un drap de protection hygiénique. Ses yeux verts tombèrent sur l’acier qui l’accompagnait tous les jours à présent. Ce métal qui faisait partie d’elle, qui la définissait désormais. Lorsque l’infirmière lui annonça qu’elle pouvait se rhabiller, elle sauta sur son pied pour rejoindre ses affaires et son accessoire avant de s’enfermer dans la cabine de change. Son teeshirt fut enfilé en moins d’une seconde. Elle attrapa le plastique qu’elle glissa sur sa peau, poussant jusqu’au fond sentant une pression mi-cuisse, puis procéda pour se vêtir de son jean. Elle enfila ses chaussures et se redressa.

Dans la salle d’attente de l’hôpital, sa mère l’attendait aussi stressée qu’elle l’était. Les contrôles s’espaçaient à mesure des années, mais pas le stress. L’angoisse était toujours présente. Une main de réconfort se posa sur son épaule lorsqu’elle s’assit sur la chaise voisine. Il ne restait plus qu’à attendre le verdict. Emma cherchait si elle avait senti une quelconque douleur récemment, une alerte ou autre, mais elle savait qu’elle n’avait rien. Elle en était certaine. Ce n’était qu’un contrôle de routine. Tout comme les électrocardiogrammes, les prises de sang, les radios des poumons.

Bien qu’elle ait aujourd’hui vingt-huit ans, elle se souviendrait toujours de la première fois qu’on lui avait expliqué sa maladie. Les termes employés afin qu’une enfant de sept ans puisse comprendre que le ciel venait de lui tomber sur la tête, et que le temps du jeu était terminé. Comme tous les jours de contrôle, Emma n’avait rien pu avaler ce matin en se levant. Son estomac ne supportait pas le stress du doute, l’angoisse de devoir revivre l’enfer une troisième fois. Elle avait sacrifié une partie de sa jambe, elle savait que la prochaine étape était sa vie. On n’évitait pas la mort trois fois. Pas avec ce genre de maladie.

Sa mère lui racontait sa journée afin d’occuper son esprit et éviter le stress de les submerger. Depuis le début, elle l’accompagnait à chaque visite de contrôle. Elle tenait à être là, comme au premier jour du combat, du verdict. Le médecin vint les chercher, les amenant dans la salle de consultation, un visage neutre. Assises en face de l’homme en blouse blanche, les deux femmes retinrent leur souffle. Il ne laissait rien paraitre, lisant simplement les résultats avant de convier sa patiente à s’installer sur la table de consultation. Il regarda son dos, sa marche, constatant qu’elle continuait la musculation malgré l’appareillage. Finalement, l’angoisse retomba dès que le mot tant attendu franchit la barrière des lèvres du docteur. Guérison. Emma était enfin guérie. Bien que ce terme n’exclue en rien une rechute, il faisait plaisir à entendre. Tel un soulagement après des années d’orage, de lutte.

Elle avait à nouveau vaincu son cancer, sacrifiant la moitié de sa jambe pour se faire. À vingt-huit ans, Emma Swan, institutrice dans une école maternelle, vivait dans son appartement de Boston avec une prothèse à sa jambe droite. D’extérieur, l’appareillage passait inaperçu. Personne ne pouvait dire que cette femme blonde n’avait qu’une seule jambe. Mais une fois sa « canne » enlevée, la réalité frappait en plein visage. L’institutrice s’en était accommodée avec les années. Elle avait eu huit ans pour apprendre à parfaire sa démarche, monter les escaliers, mais surtout aller à la musculation. Quand elle avait commencé l’université, elle était également réserviste dans la gendarmerie de la ville. Malheureusement, elle avait dû donner sa démission en apprenant sa rechute, et surtout son amputation. Néanmoins, même appareillée, cela ne l’avait pas empêchée d’aller à la salle de sport pour continuer les exercices.

Le sport avait été sa libération, son souffle. Il l’était toujours après une longue journée au travail, ou des douleurs musculaires ou nerveuses dues au membre manquant. Cependant, le plus terrible restait les douleurs fantômes. Les nerfs de sa jambe manquante qui s’activaient pensant que le membre était toujours présent. Parfois, cela la réveillait en pleine nuit. Elle avait l’impression qu’on l’électrocutait. Elle avait essayé tous les antidouleurs qui peuvent exister, mais rien ne fonctionnait. Jusqu’au jour où son kiné lui recommanda le miroir. Si on lui avait dit un jour qu’elle n’aurait plus de douleur en utilisant un effet d’optique pour manipuler son cerveau, la blonde aurait cru à une blague. Mais la voilà à 23 h 30 sur son lit, un miroir tenu contre sa jambe valide, reflétant celle-ci. La douleur s’arrêta aussi nette, laissant les dernières gouttes de sueur glisser sur ses tempes. Déjà qu’il faisait chaud en plein mois de mai, elle n’avait pas besoin de cela.

Cette nuit-là, elle s’était endormie vers une heure du matin alors qu’elle devait donner classe le lendemain. Emma avait toujours voulu devenir institutrice, et heureusement que ce métier était compatible avec son handicap, sinon, elle ignorait si elle aurait pu supporter une déception de plus. Retardée par sa maladie, elle avait tout de même eu le concours du premier coup, exerçant désormais dans une école de son quartier, non loin de son appartement. Cela lui laissait le loisir de pouvoir y aller à pied si l’envie lui venait. La professeur n’était en rien embarrassée par son handicap, et si la question se posait, elle y répondait volontiers. Ses parents lui avaient appris à s’accepter comme tel, elle avait compris que cela était important pour son moral et ses relations sociales.

Si relations amicales il y avait, relation amoureuse il manquait. Non pas que la blonde n’avait jamais eu de relation amoureuse, ce n’était pas le cas, seulement, personne n’était assez courageux pour rester à ses côtés. Et si cela ne suffisait pas, l’institutrice préférait la compagnie des femmes, ce qui réduisait considérablement ses chances de partager sa vie avec quelqu’un. Elle avait eu des aventures, mais jamais de réelle relation de couple à proprement parler.

Sujet qui revenait souvent dans les conversations avec sa mère. Elles avaient convenu après la visite de contrôle de fêter la guérison par un repas dimanche midi. Mary-Margaret marchait aux côtés de sa fille dans les allées du marché afin d’acheter tout le nécessaire pour le repas. Emma portait le panier, marchant tranquillement, évitant les passants sur leur route. La chaleur du mois de mai était ardente, digne d’un mois d’été. Si la blonde portait un débardeur blanc, elle conservait son jean. Certes, il était partiellement troué, étant un effet de mode, mais il camouflait son appareil. Ce dernier était resté dénudé sous les envies de la blonde qui ne supportait pas l’allure et la fausseté de l’habillage. Ce n’était en rien ressemblant à sa vraie jambe. Le beige utilisait pour l’illusion de la peau était rose, et les courbes ne respectait pas les muscles. Il s’agissait simplement d’un rond dans une coque rose pâle. Par conséquent, l’institutrice avait choisi de laisser l’acier apparent.

C’était d’ailleurs ce qui lui valut le surnom d’Iron Girl dans la salle de sport. Elle n’avait pas honte de se montrer en short là-bas, toute l’équipe la connaissait d’avant, et l’apprécier pour qui elle était et non par pure compassion. Si elle était à l’aise avec le regard des autres dans la salle, cela n’était pas aussi évident dans la rue. Les gens fixaient l’acier comme si elle était un robot, une erreur. La curiosité s’émanait des regards, des murmures et les parents cachaient généralement les yeux de leurs enfants. Trop terrifier par les questions de leurs progénitures. Alors Emma avait opté pour le camouflage, arborant des pantalons longs pour cacher son métal.

—    Tu as eu des douleurs fantômes cette semaine ? Questionna Mary-Margaret tout en s’arrêtant devant un stand de légume bio.

—    Mercredi soir oui. Un coup de miroir puis la douleur s’est dissipée. J’en ai de moins en moins avec le temps.

—    Certes, néanmoins elles te sont insupportables. Leur seuil s’intensifie.

—    Tu sais tout comme moi que c’est normal maman. Les docteurs m’avaient prévenu.

—    Ils avaient également précisé que plus le temps passait, plus le cerveau se faisait à l’idée.

—    Toute personne est différente.

La blonde aida sa mère à rassembler les poches avant de les déposer dans le panier. Mary-Margaret saisit le bras de sa fille, parcourant les allées sous un soleil digne du mois de juillet. Elles discutèrent du travail de l’institutrice et de son futur projet, ainsi que de la salle de sport. Emma s’y rendait trois fois par semaine. Son kiné était d’ailleurs ravi pouvant ainsi se focaliser sur des exercices d’équilibre et de marche plutôt que le renforcement musculaire. Bien que cela fasse plusieurs années qu’Emma marchait avec sa prothèse, elle continuait les séances de kinésithérapie dès qu’un changement survenait. C’était souvent le cas.

—    Que comptes-tu nous préparer de bon avec tous ses légumes ?

—    Trouves-tu le panier lourd, ma fille ?! Charria la femme.

—    Non. Seulement cela fait beaucoup de lipides pour un seul plat. À moins que…

—    À moins que ?

—    Tu prépares mon plat préféré.

—    Je ne dévoilerais rien. Rétorqua avec un sourire en coin et une voix enjouée la mère de la professeur.

—    Tu es démasquée. Rigola gentiment Emma. Tu n’as jamais su garder un secret.

—    Je tiens à affirmer le contraire !

—    Sois honnête maman. Tu es une vraie commère. Assume-le. Taquina la blonde en haussant les épaules.

—    Va me chercher une aubergine pour la peine. Je m’occupe des oignons puisque tu n’as jamais su les reconnaitre.

—    C’était un coup bas ça !

Emma gloussa tout en s’éloignant de sa mère qui s’était arrêtée à un stand. L’institutrice descendit l’allée, se rendant chez le producteur où sa mère se procurait ses courgettes et aubergines. Lorsqu’elle arriva devant les cagettes de légume, ses yeux verts scrutèrent les lipides à la recherche de l’aliment convoité. Elle la vit plus loin. Alors qu’elle s’en saisit, satisfaite, une autre main se posa sur le légume au même moment.

Dans un premier temps, les pierres jade se posèrent sur des doigts longs bronzés frôlant presque les siens. Une bague élégante ornée l’annulaire de cette main étrangère, mais typiquement féminine. Lorsqu’Emma releva son regard sur le visage de la voleuse d’aubergine, elle dut déglutir. Quand ses yeux s’habituèrent au reflet du soleil, elle put apercevoir la beauté de cette femme. Cette dernière avait un teint hâlé, légèrement bronzé, des yeux bruns aux reflets noisette aidés par la journée ensoleillée.

—    Je crains que ce ne soit mon aubergine que vous tenez. Déclara la propriétaire du regard ambre.

—    Je suis navrée, mais j’étais là avant vous.

—    J’ai besoin de cette aubergine.

—    Et moi donc. Rétorqua Emma sans pour autant lâcher son emprise sur ledit légume.

L’intruse tenta de tirer l’aliment vers elle, mais ce fut sans compter sur la ténacité de la blonde qui ne le lâcha pas.

—    C’est la dernière.

—    Je l’avais remarqué. C’est la raison pour laquelle je l’ai attrapé. La blonde annonça tirant gentiment, souriant presque lorsque la brune resserra son emprise.

—    Écoutez, je fais une recette compliquée et l’aubergine est l’ingrédient principal. Argumenta la latina sans quitter des yeux les pierres jade.

—    Ma mère cuisine une moussaka.

Emma crut que la femme venait de rire doucement, amusée par leur dispute puérile. Pour être honnête, l’ancienne réserviste n’en avait que faire du légume, sa mère pouvait parfaitement s’en passer pour préparer le plat. Seulement, elle avait du mal à lâcher prise, voulant presque rester ici, à ce moment-là, parlant avec cette furie Latine.

—    J’ai un repas de famille ce soir.

—    Et moi ce midi pour une occasion spéciale.

—    Si je rate mon plat, je peux dire adieu à mon titre de meilleure cuisinière que ma mère. Renchérit sérieusement la brune en levant un sourcil attendant patiemment le nouvel argument de sa rivale.

—    Si ma mère rate la moussaka, je n’irai plus jamais manger chez elle. C’est mon plat préféré.

—    Nous fêtons l’anniversaire de ma mère.

—    Et vous voulez la détrôner de son titre de meilleure cuisinière ?! Emma s’exclama surprise par cette annonce.

La femme fixa intensément la blonde, tenant encore l’aubergine entre elles deux. L’institutrice ne pouvait nier la beauté de cette rencontre, même lorsqu’elle haussa un sourcil, amusée par sa remarque.

—    Emma ?!

Surprise d’entendre la voix de sa mère appeler son prénom, la blonde lâcha le légume, détournant son regard. Mary-Margaret arriva avec les oignons, fronçant les sourcils lorsqu’elle aperçut une femme inconnue s’éloigner avec une aubergine dans sa main. Elle remarqua rapidement le comportement de sa fille, troublée, chamboulée à côté de la cagette.

—    Je vois que tu as laissé filer l’aubergine.

—    Je…Emma débuta avant de glousser amusée. Tu m’espionnes ?!

—    NON !

Elles reprirent leur marché tranquillement, Emma tenant fermement le papier tandis que ses yeux cherchaient une tête brune. Elle espérait recroiser cette inconnue au tempérament de feu. Seulement, dans une ville aussi peuplée que Boston, les chances étaient presque nulles. D’un autre côté, elle ne pouvait décemment pas lui demander son numéro de téléphone, ou de la revoir alors qu’elles ne se connaissaient ni d’Ève ni d’Adam. Elle serait passée pour une sociopathe doublée d’une perverse.

—    Elle flirtait avec toi, tu sais.

—    Ne dis pas n’importe quoi maman.

—    Si tu le dis. Tu es aussi aveugle qu’une taupe.

***

Les gouttes de sueur dégoulinaient sur sa peau, glissant de ses tempes à son cou, descendant dans le creux de ses seins. Musique à fond dans ses oreilles, elle était concentrée sur son exercice de dorsaux, poussant ses muscles au maximum. Du coin de l’œil, Emma voyait par moment des usagers de la salle la regarder comme si elle était un phénomène de foire. Elle n’en tenue pas compte, préférant user de sa force sur la machine.

La plupart des sportifs la connaissaient. Elle était après tout une habituée de cette salle de sport, y venant dès qu’elle le pouvait pour s’entretenir, mais surtout dépasser ses limites. Elle aimait sentir qu’elle pouvait encore soulever de la fonte malgré sa jambe d’acier. Elle se sentait libre, revivre. Lorsqu’elle termina sa série de dix, elle se dirigea vers la barre de traction. Sans plus attendre, elle sauta, ses doigts se refermant autour du métal. Son pied valide replia sa prothèse.

À la force de ses bras, elle passa son menton au-dessus de la barre quinze fois avant de fatiguer. Néanmoins, cherchant toujours plus loin, l’enseignante décida de pousser l’exercice. Au bout de la dix-huitième traction, la force lui manquait. Oubliant son appareillage, elle se laissa tomber au sol. Le choc retentit dans le métal, appuyant sur son moignon, provoquant une douleur plus que désagréable. Mais le plus gênant n’était pas cela, mais bel et bien le bruit étrange émanant du genou métallique. Un clac qui ne signifiait rien de bon.

Emma savait qu’avec le saut, quelque chose avait dû bouger. Cela se confirma lorsqu’elle tenta un pas, le genou ne fléchissant aucunement dans le pas. Il était aussi rigide qu’un bâton. Ce défaut faisait boiter la blonde qui se maudit ouvertement d’avoir pu oublier un instant son appareil. Comme elle put, elle rejoignit les vestiaires afin de rentrer chez elle et surtout prendre rendez-vous chez le prothésiste.

Une fois chez elle, elle troqua sa prothèse pour son fauteuil roulant. Emma ne pouvait pas courir le risque d’abimer sa jambe. Le prix étant considérable et ne pas l’avoir pendant plusieurs jours en cas de réparation n’était pas envisageable. Certes, elle pourrait se rendre au travail avec son fauteuil, seulement, elle ne le désirait pas. Elle aimait marcher. Être en fauteuil roulant la rendait dépendante de son environnement et des autres. C’était une chose qu’elle ne voulait plus désormais. Elle était bien capable de se débrouiller toute seule, sans l’aide et la pitié des gens autour. Portable à l’oreille, elle entra le numéro qu’elle connaissait pratiquement par cœur. La secrétaire lui répondit au bout de la deuxième sonnerie la saluant comme à une amie. Le rendez-vous était demain après-midi. Finalement, elle n’avait d’autres choix que d’utiliser son fauteuil pour assurer son travail pour la matinée.

Une place l’attendait inoccupée juste devant le bâtiment. L’institutrice gara sa Mini Cooper avant de descendre. Prothèse à sa jambe, elle marchait doucement afin de ne pas détériorer le genou. Elle aurait pu se rendre au rendez-vous en fauteuil roulant, seulement, ce dernier ne rentrait pas dans sa voiture. Elle savait que ce n’était pas correct en cas d’impossibilité de porter sa prothèse, mais l’enseignante ne voulait pas en entendre parler. Elle était appareillée, ce n’était pas pour se déplacer en fauteuil.

Évelyne l’accueillit chaleureusement, sourire au visage lui proposant même un café, que la blonde refusa poliment avant d’aller s’assoir. Elle n’avait pas mis les pieds dans ce bâtiment depuis plusieurs mois. La dernière fois qu’elle était venue, son prothésiste lui avait annoncé sa retraite, chose qui n’étonna pas réellement l’institutrice au vu de l’âge de l’homme. Seulement, ce dernier connaissait parfaitement son cas et son dossier et puis Monsieur Charleston était plutôt sympathique. Emma espérait vraiment que son remplaçant serait tout aussi gentil et bienveillant que son prédécesseur.

—    Emma ?! Tu peux te rendre en salle de consultation numéro deux.

—    Merci.

Connaissant les couloirs comme personne, la blonde se dirigea sans encombre dans la salle deux. Dans le long couloir, l’odeur nauséabonde la rebuta. Cette même odeur que les hôpitaux supportaient. Ce parfum distinct de plastique immaculé, neuf, jamais touché. À moins que ce ne soit l’odeur d’un produit toxique qui décape tout sur son passage. Toujours était-il que l’institutrice ne supportait plus cette senteur. Une fois dans la salle, elle prit place sur le tabouret prévu à cet effet, laissant la chaise du bureau vide. Elle jeta un coup d’œil dans le miroir mural, servant pour les essayages et constata que ses cheveux étaient en bataille dus au vent. Seule, Emma en profita pour se recoiffer rapidement.

Elle se souvenait de la première fois qu’elle était venue. À l’époque, elle n’osait pas montrer son moignon aux autres. Non pas parce qu’elle était pudique, non. Mais parce qu’elle ne voulait pas être jugée. Sentir la compassion émaner des non-dits, des regards figés, des visages fermés. Non. Seulement, pour faire la moulure, elle n’avait pas eu le choix. Monsieur Charleston l’avait rapidement mise à l’aise en lui racontant une blague. Il avait fallu plusieurs essayages avant que la professeur ne puisse réellement se sentir à son aise avec cet appareillage. Aujourd’hui, elle en était à sa deuxième prothèse, le genou étant plus performant et électronique.

Emma se leva par mesure de politesse lorsque la porte de la salle s’ouvrit. Elle fut à court de mot quand elle prit conscience de la personne qui remplaçait son ancien prothésiste. Jusqu’à présent, elle n’avait jamais vu de femme exercer ce métier, et quand bien même, pas dans cet établissement. Voilà qu’aujourd’hui, cela était différent. Elle reconnut cette personne comme la belle brune du stand de légume. Cette dernière eut un temps d’arrêt dans sa démarche lorsqu’elle posa ses yeux sur la blonde. Dossier dans sa main, un sourire prit place sur son visage comme si de rien n’était avant de se présenter.

—    Je suis Regina Mills, votre nouvelle prothésiste.

—    Emma…

—    Swan. Oui. C’est noté dans votre dossier.

La latina indiqua d’un geste de la main le tabouret, incitant sa patiente à s’assoir. Emma dut relever son regard afin d’observer le visage de la brune, toujours debout devant elle. D’un geste peu gracieux, cette dernière lança le dossier sur le bureau non loin, avant de s’agenouiller. C’était la première fois en huit ans que l’institutrice se sentait si peu à l’aise dans cette position.

—    Quel est le problème ? Questionna la prothésiste.

—    Aucun.

—    Je parlais de la prothèse. Corrigea gentiment la brune un sourire amusé sur son visage.

—    Oh. Oui.

De ses deux mains, l’enseignante souleva le bas de son pantalon, celui-ci assez large, pour remonter jusqu’au plastique, dévoilant ainsi sa jambe d’acier.

—    En lâchant la barre de traction, j’ai oublié que j’étais appareillée. Depuis, le genou s’est déréglé.

Les mains hâlées se posèrent sur le mécanisme complexe. Les yeux verts en profitèrent pour scruter chaque parcelle du visage de la brunette. De ses sourcils dessinés, ses cils longs et maquillés, son nez droit et fin, ses pommettes, et ses lèvres pulpeuses invitantes. Emma la regarda sortir une clef de la poche de sa blouse blanche ouverte, laissant apercevoir une légère robe noire avec un magnifique décolleté. Humaine, la blonde ne put se retenir d’y plonger son regard un instant, ne souhaitant pas se faire prendre dans son geste.

—    Comment était la moussaka ?

—    Pardon ?

Un rire amusé franchit la barrière des lèvres de la prothésiste. Son regard ambre se posa un court instant sur le visage de sa patiente, rencontrant ses yeux émeraude confus.

—    La moussaka de votre mère.

—    Qui n’en était pas une sans l’aubergine. Rouspéta ironiquement la blonde.

—    Je suis vraiment désolée de mon comportement ce jour-là. Je suis toujours un peu nerveuse quand mes parents s’invitent chez moi.

Emma n’arrivait pas à détourner les yeux de cette femme. Alors que d’ordinaire, elle ne s’intéressait pas à la mécanique, cette fois-ci, elle ne manqua rien du réglage effectué sur son appareil. Les doigts fins hâlés tournant la clef gentiment avant de fléchir le genou, puis de recommencer la manœuvre.

—    Il n’y a pas eu de mal.

La latina se releva, faisant signe à la blonde de tester le réglage. D’un signe de tête, Emma se leva. Elle fit quelques pas sous le regard attentif de Regina. Sentir ses yeux sur elle chamboulait l’institutrice, même si cela était purement professionnel. Elle ne pouvait pas se leurrer. La prothésiste était une belle femme, sympathique, avec de l’humour et un caractère. Le type de femme susceptible d’atteindre le cœur de l’enseignante.

Les yeux verts posés sur le sol, afin de ne pas se délecter des traits de sa compagnie, Emma testa avec prudence le genou. Elle essaya de sauter sur place, une fente, seulement, elle sentait que quelque chose n’allait pas. Une grimace glissa sur ses lèvres, ce qui ne passa pas inaperçu. Sans avoir demandé quoi que ce soit, les pierres jade suivirent la brunette qui s’avança puis s’agenouilla de nouveau devant elle. La blonde ne put faire autrement que de détourner son regard, observant l’extérieur du bâtiment par la fenêtre. Le vent n’avait pas cessé de souffler.

Le réglage ne prit pas plus de deux secondes, laissant à nouveau la blonde marcher dans la salle, faisant des aller-retour, évitant soigneusement le regard et la blouse de la latina. Elle se concentrait sur la sensation de son genou désormais légèrement plus souple. Avec une souplesse pareille, Emma pouvait espérer faire certains exercices, seulement, elle se doutait qu’elle aurait du mal à monter les escaliers ou utiliser certaines machines.

—    Serait-il possible d’augmenter d’un millième la souplesse ?

—    Bien sûr.

Sans plus attendre, la brune réitéra son action précédente, s’accroupissant devant sa patiente qui détourna aussitôt son regard. Regina eut un temps d’arrêt en remarquant cette réaction.

—    J’ai fait quelque chose qui ne fallait pas ? Questionna perplexe la brunette avant de se relever. Je me suis pourtant excusée pour l’incident de l’aubergine.

Emma se stoppa dans son essayage, s’arrêtant non loin de la prothésiste. Les bras croisés sur sa poitrine, la femme brune attendait clairement une explication au comportement étrange et distant de sa patiente. La blonde se sentit démasquée sous le regard inquisiteur de sa compagnie. Elle tenta de trouver une excuse, mais rien ne vint. Finalement, elle soupira ne sachant pas quoi dire mise à part la vérité.

—    Vous n’avez rien fait de mal. Je ne m’attendais pas à vous revoir c’est tout. Monsieur Charleston me suivait depuis le début, mais il n’était pas aussi distrayant. La blonde déclara avec un sourire gêné sur son visage.

—    Distrayant ?

—    Il était un homme assez âgé et vous êtes une femme.

—    C’est donc ma personne qui vous met mal à l’aise. Vous savez qu’une femme peut accomplir son travail tout aussi bien qu’un homme. Même dans le milieu de l’orthopédie.

Le ton de reproche et d’amertume utilisé par Regina alerta l’institutrice qui se stoppa net, se retournant si vite qu’elle faillit s’empourprer avec sa prothèse.

—    Ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire.

—    Oh vraiment ?! Dans ce cas, je vous écoute. Expliquez-moi.

La blonde passa une main dans ces cheveux. La conversation lui échappait totalement. Elle qui pensait qu’elle avait dépassé les limites, voilà que ses mots n’avaient pas été compris. C’était un soulagement comme une misère.

—    Monsieur Charleston était un homme sympathique, patient seulement, il n’était pas… Emma marqua une pause cherchant les bons mots. Il n’est pas aussi attirant que vous.

—    Oh.

Sentant le malaise s’installer sous la réaction de la latina, l’enseignante prit une profonde inspiration.

—    Je m’excuse pour ma maladresse. Je ne voulais certainement pas remettre votre professionnalisme en cause, et surtout pas vous mettre mal à l’aise.

—    Ce n’est pas le cas. Merci pour le compliment, seulement je suis votre prothésiste.

Évidemment que la brunette avait refusé, l’enseignante aurait dû flirter avec elle avant d’avouer ouvertement qu’elle la trouvait charmante. Cela faisait tellement longtemps qu’Emma n’avait pas rencontré pareille femme, qu’elle avait perdu tous ses moyens devant elle. Elle s’était ridiculisée. Un sentiment de honte s’empara de l’institutrice qui se concentrait comme elle le pouvait sur sa démarche. Dans son dos, elle pouvait sentir le regard de la latina sur elle.

Le genou convenait parfaitement, et ne souhaitant pas prolonger le moment gênant entre elles, la blonde descendit la manche de son pantalon, couvrant sa jambe d’acier et annonçant la fin de la consultation. Le geste fit comprendre à la prothésiste que l’instant était terminé, cette dernière ouvrant la porte de la salle. Toutes deux rejoignirent l’entrée du bâtiment où le bureau des secrétaires se trouvait, ces dernières occupées à répondre à des appels. Les deux femmes n’échangèrent aucune autre parole jusqu’à ce qu’elles atteignissent le bureau. Regina passa derrière, prouvant à la blonde son malaise avec elle, espérant mettre de la distance.

Cette intention fut confirmée lorsque la brunette lui tendit une carte de visite avec le nom d’un de ses confrères inscrit dessus. Emma se sentit idiote et embarrassée d’un coup. La latina avait tellement été offensée de sa déclaration qu’elle l’avait déjà confié à un autre prothésiste. Un sourire sur le visage, Regina tendit sa main dans un geste de salutation. La blonde s’en saisit sans grande conviction, prête à s’excuser à nouveau si elle le devait.

—    A bientôt Miss Swan.

À bientôt venait-elle de dire ? Emma l’observa confuse de ses mots. Alors que l’institutrice s’apprêta à sortir du bâtiment par les portes coulissantes, les secrétaires la saluèrent à leur tour, lui faisant relever le regard. Ses yeux verts se posèrent sur la prothésiste qui lui offrit un sourire, puis, de ses doigts hâlés, elle lui mima de retourner la carte. Perplexe, la blonde s’exécuta découvrant un numéro, écrit au stylo bic noir. Entonnées, les pierres jade se posèrent de nouveau sur la latina. Cette dernière sourit presque timidement avant de quitter la pièce. Regina lui avait donné son numéro, Emma n’en revenait pas.

Tout était à présent clair dans l’attitude de la brune. Le fait qu’elle lui ait simplement dit qu’elle ne pouvait accepter ses avances, car elle était sa prothésiste, sa distance en sortant, la carte du confrère.  L’enseignante rangea précieusement la carte dans la poche de son jean avant de prendre le volant. Finalement, sa mère avait raison. Cette femme avait flirté avec elle au stand de légume.

***

—    Comment ça tu ne l’as toujours pas appelé ?! Mais ce que tu attends enfin ?! S’enquit Ruby, la meilleure amie et collègue de l’institutrice.

—    Je ne veux pas me précipiter. Déclara la blonde peut convaincue par ses propres mots.

Cette dernière faisait des squats sous le regard désespéré de son amie, qui était sagement assise sur la machine suivante. Parfois, Ruby l’accompagnait afin de passer du temps ensemble. Même si l’enseignante de primaire était vêtue d’une tenue de sport, plus légère, elle ne participait pas aux exercices de la blonde, préférant la regarder faire.

—    Tu hésites à cause de ton handicap ?

—    Non. Enfin peut-être. Je ne sais pas vraiment.

—    Elle est prothésiste Emma. Si tu veux mon avis, elle se fout royalement qu’il te manque une jambe.

—    Justement. Et si elle n’était attirée que pour ça ? Elle peut avoir un fétichisme pour les unijambistes. L’institutrice déclara sérieusement tout en changeant de machine.

—    Ce sera vraiment tordu.

La brunette observa son ami hausser simplement les épaules avant de travailler ses dorsaux, ramenant une barre attachée à des poids sur sa poitrine.

—    Je crois que tu as peur à cause de cette foutue maladie et d’une possible rechute. Du fait que si tu t’attaches vraiment à elle, qu’elle ne lutte pas à tes côtés et te laisser en plan en cas de retour de ta maladie.

Sous ces paroles, Emma laissa tomber les poids dans un son lourd. Au fond, elle savait que son amie avait raison. Elle était terrifiée à l’idée que si un jour sa maladie revenait, elle devrait dire adieu à sa possible relation avec la brune. Car oui, elle se voyait aller loin avec cette femme. L’épée de Damoclès sur sa tête était un facteur à prendre en compte. L’institutrice ne pouvait se permettre d’entamer une relation durable avec une femme, si elle n’était pas certaine que celle-ci reste à ses côtés en cas de rechute. Tellement de couples se séparaient parce que l’autre ne souhaitait pas se « sacrifier » à attendre l’autre, que la blonde souhaitait encore combattre seule.

—    Emma. Vous n’êtes pas allés à un seul rencard. Ne penses pas au et si. Profite de ta vie. Vie la, ne la subis pas.

Malgré les conseils avisés de sa collègue, la blonde n’avait toujours pas appelé la prothésiste alors que cela faisait déjà deux semaines qu’elle avait son numéro dans son téléphone. Emma n’arrivait pas à se résigner à la contacter, cette peur d’un futur incertain et sombre toujours dans un coin de son esprit. Certes, cela faisait désormais plus de treize ans qu’elle ne se battait plus contre le cancer, seulement, elle avait espéré une fois que c’était la fin et ce dernier l’avait rattrapé. Elle ne voulait pas faire la même erreur et espérer. Avoir de l’espoir alors qu’une situation était perdue était la pire chose qui soit. Elle en avait fait les frais lors de sa rechute.

Une poche de banane dans sa main, la blonde arpentait le marché comme elle le faisait chaque dimanche matin, afin de prendre l’air et se balader. Alors qu’elle avançait dans une allée, observant les différents fruits présents sur un étalage, un corps percuta le sien sur le côté gauche. Dans la collision, Emma retint la femme brune de tomber, cette dernière ne l’ayant vraiment pas vue, parlant avec une amie à elle, marchant à reculons.

—    Est-ce que ça va ?

—    Je ne regardais pas où je mettais les pieds.

Leurs regards se croisèrent comme des aimants. L’institutrice se demanda alors si le destin ne mettait pas la latina sur sa route, pour la croiser si souvent dans des circonstances insolites. La brune ne lui offrit qu’un demi-sourire avant de se reculer, mettant un espace correct entre elles.

—    On y va Regina ?

—    J’arrive Katherine.

L’amie en question lança un regard vers la blonde qui la salua d’un simple signe de tête. Cette dernière suivit des yeux la compagnie de la brune qui continua sa route, s’attardant au stand suivant.

—    Vous ne m’avez pas appelé.

Emma se sentait exposée sous ce reproche, la latina la fixant, bras croisés sur sa poitrine.

—    Non effectivement. Je n’ai pas vraiment eu le temps.

—    Pour décrocher votre téléphone et composer un numéro ?! Oui clairement. Regina ironisa montrant sa déception. Vous avez loupé une occasion, il n’y en aura pas d’autres.

—    J’ignorais qu’il y avait une date butoir pour appeler. Emma tenta sur un ton amusé.

—    Pour moi si.

La prothésiste s’apprêta à partir, contournant l’institutrice qui fut surprise et chamboulée par ce changement soudain d’attitude. Par réflexe, sa main attrapa le biceps de la brunette lui demandant d’attendre. Cette dernière s’exécuta clairement irritée par l’indécision de la blonde.

—    Je me demandais si vous accepteriez de diner avec moi un soir.

—    Pour que vous ne veniez pas ? La prothésiste répondit sur un ton rempli de sarcasme.

—    Non. Pour éviter ça, je passerai vous prendre.

—    Une sorte de rendez-vous galant ?

—    Pas une sorte de, plutôt un véritable rendez-vous galant. Corrigea l’enseignante espérant que son aplomb plaise à la brune.

La latina baissa les yeux un instant, une grimace indécise sur ses lèvres, avant de reporter son regard sur sa compagnie.

—    Qu’est-ce qu’il vous fait croire que nous ayons quoique ce soit en commun ? Peut-être que je ne suis pas vraiment votre type de femme et que vous n’êtes pas le mien.

Sentant que la conversation ne tournait pas à son avantage, et qu’elle lui échappait, Emma passa une main dans ses cheveux. Elle espérait vraiment que la prothésiste accepte son invitation. Bien qu’elle ait hésité, tout ce temps pour l’appeler, l’avoir maintenant devant elle, avait changé son approche des choses. Elle voulait essayer de vivre pour une fois.

—    C’est justement la raison de cette invitation. Du moins, il me semble. La blonde commença confuse de l’attitude de la brunette. J’ai loupé un truc ?

—    Dites-moi ce qu’il vous a empêché d’appeler.

Le ton employé par Regina était clairement celui du défi et de l’attente. Les bras toujours croisés sur sa poitrine, elle dévisageait l’enseignante qui montra son embarras suite à cette demande. Son regard vert se porta sur le sol, son équilibre se déplaça sur sa jambe valide et sa poigne sur sa poche redoubla. Emma ne voulait en rien lui révéler la raison pour laquelle elle ne l’avait pas contactée, du moins pas ici, dans la rue, au milieu d’une centaine de personnes.

—    Dinez avec moi et je vous le dirais.

—    C’est du chantage.

—    Certes, mais vous mourrez d’envie de savoir.

Un sourire amusé glissa sur les lèvres de la brune qui détourna son regard de la blonde, prise sur le fait.

—    Demain soir. Passez me prendre au cabinet. Regina conclut avant de rejoindre son amie comme si de rien n’était.

Emma la regarda s’éloigner, un sourire idiot ancré sur son visage. Elle venait d’obtenir un rencard avec la magnifique brune de l’aubergine. Voilà qu’elle irait à un rendez-vous avec une femme alors que cela faisait plusieurs années que ce n’était pas arrivé à proprement parler. Bien sûr, elle avait côtoyé des femmes, bu des verres, etc. seulement, aucun réel rendez-vous n’avait été programmé. Il fallait maintenant que l’institutrice trouve un endroit où amener la belle latina, et surtout arrive à contrôler son stress pour ne pas la faire fuir.

***

—    Pourquoi ne l’amènerais-tu pas à cet italien en bas de ta rue ? Comme cela si la soirée se passe bien, tu peux l’inviter à monter.

—    Maman ! Emma s’offusqua, criant dans son téléphone posé sur le comptoir de sa cuisine.

—    Non tu as raison, pas le premier soir. Taquina la mère de l’institutrice, son rire retentissant dans la pièce.

—    L’italien n’est pas assez intime. Enfin, se reprit la blonde, il n’est pas assez…

—    Je comprends où tu veux en venir. Mary-Margaret coupa. Ma fille nerveuse à cause d’une femme, je commençais à perdre espoir.

—    Moque-toi de moi. La blonde soupira désespérée par le comportement de sa mère. Je veux simplement que tout se passe pour le mieux.

—    Et ce sera le cas du moment qu’elle est avec toi. Elle a accepté ton invitation, tu as donc fait le plus gros. Les rencards sont un plus.

Bol de céréales devant elle, l’enseignante contempla les paroles de sa mère. Elle avait raison au fond, Regina avait accepté, après un chantage déloyal, de diner avec elle, le reste n’était donc que formalité. Pourtant, Emma sentait que la latina avait un caractère qui pouvait faire des étincelles avec le sien si elle ne choisissait pas les bons mots. Elle ne voulait en rien faire un mauvais pas et compromettre leur rencard. Non seulement cette femme la troublait, mais en plus de cela, elle la stressait.

—    Merci pour ton message d’espoir, mais ce n’est en rien un restaurant dans lequel je pourrai amener Regina.

—    Elle s’appelle Regina ? Questionna étonnée sa mère.

—    Oui.

—    C’est un très beau prénom. Il signifie reine en latin. Peu importe. Amène là dans un endroit que tu affectionnes. Ne cherche pas à l’impressionner. Les rendez-vous sont faits pour apprendre à se connaitre, et c’est ce qu’elle cherche.

—    Dans ce cas-là, je connais l’endroit idéal. Emma répondit un sourire dans sa voix. Merci, maman pour tes conseils.

—    De rien ma chérie. Tu me raconteras comment cela s’est passé !

Après avoir passé plus d’une demi-heure à changer de tenue, Emma sortit de son appartement, satisfaite avec son choix. Vu l’endroit où elle comptait amener la brunette, elle n’avait pas besoin de sortir ses affaires les plus chics. Le restaurant était cosy, sympathique permettant à la blonde de se vêtir d’un jean noir, une chemise verte avec les manches remontées sur ses avant-bras. Les soirées étaient agréables malgré le mois de mai, surement dû aux fortes chaleurs présentes.

***

Au volant de sa voiture, l’enseignante essayait de calmer son stress et son appréhension, sachant parfaitement que si cela ne devait pas fonctionner entre elle et la brune, elle ne perdait rien. Pourtant, elle tenait fermement à ce qu’elles s’entendent bien, et souhaitent se revoir dans un futur proche. La latina l’attirait comme un aimant, et sa répartie la déstabilisait dans le bon sens, personne ne lui ayant jamais tenu tête comme elle le faisait. Elle adorait cela. Garée devant le cabinet orthopédique, Emma sortit de son auto, ajustant rapidement sa chemise avant de gagner l’entrée.

Lorsqu’elle passa les portes coulissantes, les deux secrétaires lui sourirent simultanément comme si elle était au courant de l’objet de sa présence. La blonde répondit l’expression quelque peu gênée, ses mains se cachant dans les poches de son jean. Elle n’eut pas le temps de demander si la brunette était bientôt libre que cette dernière apparue sans sa blouse, enfilant une boucle d’oreille. Emma dut déglutir en voyant les longues jambes de la prothésiste accentuées par des talons noirs contrastant parfaitement avec la robe en cuir rouge sang qu’elle portait élégamment.

Regina sourit gentiment à la blonde qui semblait paralysée devant le bureau des secrétaires. Elle salua ces deux dernières avant de prendre le bras de l’institutrice et se diriger vers son carrosse. Durant le trajet, la brunette avait tenté à mainte reprise de découvrir le lieu où elles se rendaient, mais la conductrice maintenait le secret telle une enfant. Cette dernière complimenta la tenue de sa compagnie, ne pouvant voir ses joues se teinter de rouge par son teint hâlé. Emma s’arrêta un peu plus haut que le restaurant afin de ne pas le dévoiler, espérant garder l’effet de surprise, mais surtout, que ce dernier plaise à la brunette.

L’institutrice ouvrit la porte pour son rendez-vous qui l’en remercia gentiment. Une fois à l’intérieur, la latina fut surprise de découvrir l’environnement du bâtiment. L’ambiance était digne des années quatre-vingt. Les tables acier carrées, les banquettes en cuir brun contre les fenêtres, le comptoir authentique et les porte-serviettes. Tout était d’époque, jusqu’au jukebox dans le fond de la salle qui jouait ce qu’on lui demandait. La blonde s’annonça à une dame assez âgée qui lui fit de tête la banquette du fond, la plus excentrée du restaurant, non loin du jukebox et de la cuisine. Les lumières étaient tamisées pour un soir de semaine, et cela était évident que des couples étaient déjà attablés pour leur soirée.

Dans un geste confiant, la blonde attrapa délicatement la main de la brune, et l’amena jusqu’à leur place. Elle jeta un regard vers sa compagnie, occupée à scruter les moindres recoins de l’endroit. Un sourire satisfait prit place sur le visage de l’enseignante. Elle avait réussi son effet de surprise. Devant la table, elle lâcha la main de sa compagnie qui prit place d’elle-même sur le côté droit, tournant le dos à la musique, et laissant la place d’en face à la blonde.

Assises, les deux femmes se sourirent timidement. Emma invita la prothésiste à se saisir d’un menu, ces derniers attendant entre les serviettes et les sauces. La brune se saisit d’une carte qu’elle étala au centre la table avant de lancer un regard invitant à sa compagnie. L’institutrice comprit le message, s’appuyant sur ses avant-bras pour pouvoir lire le menu, et se rapprocher de la latina. Les tables n’étaient pas forcément grandes, mais suffisamment pour contenir deux assiettes et un plat.

—    Je ne suis pas habillée convenablement pour ce genre d’endroit. Avoua la brunette quelque peu gênée sans relever son regard de la carte.

—    Qu’importe. Du moment que vous appréciez le lieu.

Les yeux ambre plongèrent dans ceux émeraude. Regina esquissa un sourire presque timide à l’intention de la blonde avant de déclarer avec une voix douce.

—    Je l’apprécie en effet.

Elles commandèrent rapidement, la vieille dame s’occupant personnellement d’elles. Emma expliqua à la prothésiste qu’elle connaissant la gérante du restaurant depuis des années, ses parents l’amenant lorsqu’elle n’était qu’une enfant. Les deux femmes discutèrent tout en attendant leurs plats qui ne tardèrent pas à être servis. Granny, la propriétaire des lieux déposa les assiettes respectives avant de souhaiter une bonne soirée à la blonde et son rendez-vous.

Si l’enseignante avait commandé un hamburger avec frite et salade, la brunette avait opté pour une salade de chou agrémentée de magret et d’oignons frits. Elles résumèrent leur conversation ne manquant pas de sujets. Regina découvrit que la blonde enseignait dans une école maternelle dans leur quartier, non loin de son domicile. Elle la questionna sur la difficulté des enfants à cette tranche d’âge, mais fut rapidement attendrie par l’enthousiasme de l’institutrice. Mais alors que la latina racontait son arrivée à Boston, deux mois auparavant, elle ne peut retenir un gloussement de s’échapper de ses lèvres à la vue de sa compagnie. Emma avait de la sauce sur le coin de sa bouche, ignorant totalement sa présence, trop occupée à écouter la prothésiste lui parler d’elle.

—    Tu as de la sauce. Informa la brune en pointant de son doigt l’endroit sur son visage.

—    Oh. Je suis désolée. C’est le risque avec les burgers. La blonde rigola en s’essuyant le mauvais côté.

Amusée, la latina secoua la tête de droite à gauche avant de s’emparer de sa serviette, présente sur ses genoux. D’un signe de main, elle invita l’enseignante à s’approcher.

—    Viens là.

Emma s’avança lentement sous les yeux rieurs de son rendez-vous. Les doigts de la brunette empoignèrent son menton, la stabilisant tandis que la serviette collecta la sauce sur le coin de sa bouche. La proximité troubla les deux femmes qui échangèrent un regard. Le pouce de Regina caressa légèrement la mâchoire de la blonde. Cette dernière déglutit sous une telle attention, cherchant une réponse dans les yeux profonds bruns. Finalement, elle remercia sa compagnie dans un murmure, le rouge lui montant aux joues alors qu’elle reprit sa place dans sa banquette.

Sourire ravi sur les lèvres, la prothésiste tenta une nouvelle approche. Son pied vint se poser délicatement contre le tibia de sa compagnie qui n’eut aucune réaction à son geste. Même si Emma n’émit aucune réticence à cette nouvelle proximité, la brunette continuait ses caresses lentement. Elle ne voulait pas apparaitre trop sensuelle dès le premier rendez-vous avec l’enseignante, et n’avait trouvé que cette approche discrète.

Elles terminèrent leur plat lorsque l’institutrice demanda avec un sourire charmeur sur les lèvres si son invitée désirait un dessert. Regina ne refusa pas, souhaitant passer le plus de temps possible en aussi bonne compagnie.

—    Je passe une excellente soirée. Annonça Emma en plongeant son regard dans celui de sa compagnie.

—    Moi également. J’ai un souci néanmoins.

La blonde perdit rapidement son entrain sous les paroles de la brune qui ajouta dans un murmure incertain.

—    Tu ne réagis pas à mon approche. La latina confia en désignant le dessous de table avec ses yeux. J’ai cru pourtant que tu étais un minimum intéressée mais…

perplexe, l’enseignante fronça les sourcils et jeta un coup d’œil sous le meuble. Là, elle comprit les mots, et l’embarra de la latina. La blonde ne put retenir un rire avant d’expliquer le malentendu.

—    C’est parce que ce n’est pas la bonne jambe. Je ne sentais rien.

Elles échangèrent un regard. Soudainement, les deux femmes se mirent à rire de la stupidité de la situation. Regina comprit alors le manque de réaction évident de la blonde tandis que son pied caressa sa prothèse. Son rire se stoppa lorsque les doigts fins pâles entrèrent en contact avec les siens non loin de son verre. La prothésiste retint un sourire de glisser sur ses lèvres tandis que l’enseignante jouait lentement avec ses doigts.

—    Je me doute qu’au fond tu aimerais savoir ce qu’il s’est passé pour que je sois appareillée. Débuta l’institutrice avant d’être coupée par sa compagnie.

—    Tu n’es pas obligée de me raconter. Cela ne te définit pas. Tu as une prothèse oui, et alors ?!

Dans un moment lent et tendre, les doigts pâles se glissèrent entre ceux hâlés. Le pouce de la blonde caressait doucement la main de sa compagnie qui se délectait d’avoir enfin un contact peau contre peau.

—    Lorsque j’ai eu sept ans, les médecins m’ont détecté un sarcome d’Ewing. C’est une tumeur des os assez rare au niveau de mon genou. Ils m’ont opéré à titre expérimental et j’ai fait des chimios. Treize ans plus tard, le cancer est revenu. Il a fallu que je sacrifie ma jambe en plus de nouvelles séances de chimiothérapie plus intense que les précédentes.

—    Et aujourd’hui ? Questionna Regina troublée par ce qu’elle venait d’apprendre.

—    Aujourd’hui, je suis en guérison. Du moins, c’est le terme qu’ils utilisent après sept années sans rechute.

La propriétaire des lieux interrompit la conversation, apportant l’assiette du fondant au chocolat qu’elle déposa au centre de la table vide, exceptée des deux verres et des couverts. Emma avait lâché la main de sa compagnie lorsque la gérante était arrivée. À présent elle n’osait plus reproduire le geste, incertaine suite à la discussion qu’elles venaient d’avoir. La prothésiste trancha un morceau du gâteau avec la petite fourchette pour la tendre vers la blonde. Cette dernière s’apprêta à déguster la pâtisserie quant au dernier moment, la brune la mangea, riant de sa blague infantile.

Le diner terminé, l’institutrice raccompagna la latina chez elle. Sur le pas de son appartement, les deux femmes sentaient une tension connue les immerger. Ce suspens d’une fin de rendez-vous. Cette électricité qui habitait deux personnes attirées l’une par l’autre, ne sachant pas comment conclure leur moment ensemble. Regina enfonça sa clef dans la serrure sous le regard de la blonde qui patientait, appuyée contre le mur adjacent. Lorsque la porte s’ouvrit, la brune se tourna vers sa compagnie, hésitante.

—    Maintenant que nous avons diné, puis-je connaitre la raison pour laquelle tu ne m’as pas appelé ?

Emma avait espéré que la latina oublie cette conversation, seulement, voilà qu’elle le lui demandait à la fin de leur rendez-vous, comme si sa réponse allait changer la suite de cette nuit. La blonde baissa son regard cherchant les bons mots. Elle avait passé une si bonne soirée, qu’elle ne voulait pas mentir à la brune. Elle avait le droit de savoir.

—    J’ai peur de m’attacher à toi, car si un jour la maladie devait frapper à nouveau, je ne veux pas avoir à la combattre seule parce que c’est un fardeau que tu ne voudrais pas subir. C’est la raison pour laquelle, je n’ai jamais réellement eu de relations sérieuses également. Penser que tu as une personne à tes côtés alors que lorsque le pire survient, elle te quitte. Je ne veux pas à avoir à lutter contre le cancer et mon chagrin en même temps.

La prothésiste se rapprocha lentement de sa compagnie, jusqu’à ce que sa tête se pose sur sa poitrine. Ses bras encerclèrent la taille fine de la blonde qui déposa son menton dans les cheveux bruns. Emma sentit des larmes monter à ses yeux, menaçant de couler. Elle ne pensait pas que Regina se conduirait de la sorte, et surtout lui dirait au revoir de cette façon. Elle comprenait parfaitement sa décision, préférant que cela se produise à cet instant et non après plusieurs rendez-vous ou un début de relation.

La brunette se dégagea légèrement de son étreinte afin de plonger ses yeux bruns, presque noirs, dans ceux jade. Sa main hâlée vint chercher le menton de la blonde, le baissant. Ses lèvres pulpeuses se posèrent telle une plume sur celles de sa compagnie qui hoqueta de surprise dans la caresse. Elle mit fin rapidement au baiser, ne sentant aucun retour de la part de l’enseignante. Front contre le menton d’Emma, la brunette soupira.

—    Tu me plais vraiment. Je ne veux pas penser à cette foutue maladie, car on ne sait pas de quoi le futur est fait.

—    J’ai une épée de Damoclès sur la tête. L’institutrice murmura tristement.

—    On l’a tous. Si tu ne veux pas de moi, je ne te force pas. Sache juste que je ne compte pas partir. Pas maintenant, pas dans le futur.

Sur ces derniers mots, la brunette s’écarta de sa compagnie, lui souriant avant de se diriger vers sa porte d’entrée. Elle la poussa lentement, pénétrant dans son appartement. Alors qu’elle s’apprêta à la fermer, une main l’en empêcha. Emma fit un pas, ses mains encadrant délicatement le visage de la latina. Elle l’embrassa tendrement dans l’entrée de son appartement alors qu’elle tenait encore sa porte. Le baiser était chaud, attentionné, affectueux, si bien que les deux femmes sentaient leurs corps répondre l’un à l’autre. Regina glissa sa langue sur la lèvre inférieure de sa partenaire. Cette dernière ouvrit légèrement la bouche accueillant le membre passionnément. Elles s’embrassèrent pendant plusieurs minutes dans l’entrée, la porte grande ouverte sur le couloir de l’immeuble.

Ce fut la blonde qui mit fin au baiser sous les protestations de la latina qui déposa des papillons sur la mâchoire pâle. L’enseignante ne pouvait garder les yeux ouverts sous les attentions que sa compagnie lui portait. Elle pouvait sentir son envie pour la brunette naitre dans son ventre, son cœur, mais également à son entre jambes. Ses doigts agrippèrent les hanches enfermées dans la robe en cuir rouge sang, ramenant ce corps parfait contre le sien bouillant.

—    Il se fait tard. Informa la latina dans un murmure sans jamais cesser ses baisers. Reste avec moi.

La respiration de la blonde se coupa sous ses mots soufflés, proche de son oreille. Son corps se raidit sous l’implication de cette demande. Rester ici. Passé la nuit avec la brune. Emma déglutit. Elle n’avait jamais eu de relation sexuelle depuis qu’elle avait été amputée. L’angoisse la gagna, sa respiration augmentait tout comme son embarras. Bien sûr qu’elle désirait la brune. Elle s’imaginait la toucher, la découvrir, la sentir contre elle. Seulement, les yeux verts avaient toujours été les seuls à la voir nue depuis ses vingt ans.

Son malaise se fit rapidement remarquer, Regina constata que ses attentions n’avaient plus l’effet escompté. Confuse de ce changement soudain, elle s’écarta doucement de la blonde. Sourcil froncé, les yeux ambre se posèrent sur les traits inquiets et angoissés de sa compagnie.

—    Quelque chose ne va pas ?

Comprenant que son invitée avait besoin d’espace, la prothésiste la laissa profitant de ce moment pour fermer sa porte d’entrée. À présent, elles étaient à l’abri dans l’appartement de la brunette, qui dos contre la sortie attendait une réponse. L’attitude de l’institutrice était honteuse, embarrassée, sa main passant répétitivement dans ses cheveux blonds tandis qu’elle se balançait sur sa jambe valide.

—    Qu’est-ce qu’il se passe Emma ? Tu peux me le dire. Tenta Regina avec une voix douce et rassurante. Si tu ne veux pas rester, ce n’est pas grave.

—    Bien sûr que je veux rester. Là n’est pas le problème.

Sous cette déclaration et prenant cela comme une approbation pour continuer, la latina s’approcha de sa compagnie avant de l’embrasser à nouveau langoureusement. Dans le mouvement, Emma se retint à un guéridon présent dans l’entrée, ses fesses s’appuyant dessus. Elle sentit la jambe de la brunette se faufiler entre les siennes, les rapprochant considérablement. Tentée, la main gauche de la blonde glissa sur la cuisse de sa partenaire touchant sa peau olive chaude. Les doigts hâlés empoignèrent les cheveux soleil à la base du coup, tirant légèrement. À court d’air, Regina délaissa les lèvres de l’enseignante, respirant son air, glissant son pouce sur sa lèvre inférieure boursoufflée.

—    Je n’ai pas eu de rapport depuis mon amputation. Murmura Emma à bout de souffle.

La brunette arrêta ses caresses sans pour autant se détacher du corps présent contre elle. Ses yeux bruns trouvèrent ceux émeraude, observant toute l’angoisse et l’embarras de leur propriétaire. Dans un mouvement lent, la prothésiste recula. Sa main se saisit de celle de son invitée, la tirant derrière elle. Elles passèrent le salon, un couloir avant de se stopper devant une porte entre ouverte. La brune jeta un coup d’œil à l’institutrice qui durant leur marche avait entrelacé leurs doigts. Regina poussa la porte de sa chambre ouverte. De pas lents, elle y pénétra, Emma toujours derrière elle.

La pièce était plongée dans la pénombre, les rayons de la lune brisant la noirceur par les lattes du store. Le lit deux places faisait face aux deux femmes. La blonde le contempla un instant sans savoir que le regard de sa partenaire était sur elle, admiratif. Regina vint se coller contre elle avant de prendre ses mains pour les déposer sur la fermeture éclair de la robe. Yeux dans les iris bruns, l’enseignante se sentit comme une adolescente. Ses doigts tremblaient contre le cuir du vêtement. D’un geste atrocement lent, la fermeture éclair fut descendue, son bruit distinct seul présent dans l’espace.

Emma sentit alors des mains glisser sous sa chemise avant de les voir se déposer sur le premier bouton. La prothésiste souffla le prénom de la blonde. Les yeux dans les yeux, la latina travaillait sur les boutons, les libérant un à un jusqu’à dévoiler le buste devant elle. Ses yeux ambre glissèrent sur la peau laiteuse de l’enseignante, découvrant un soutien-gorge bleu cobalt orné de dentelle. Ne voyant qu’admiration devant sa personne, l’institutrice ôta d’elle-même son vêtement, le laissant tomber sur le sol. Confiante, ses mains se posèrent sur les omoplates de la brunette, attrapant ce qui la couvrait encore. D’un mouvement lent, délicat, la blonde dévoila la peau hâlée de sa compagnie.

Ce fut Regina qui enleva totalement sa robe, la balançant plus loin avec son pied, faisant sourire son invitée. Dans un ensemble de dentelle noir, la latina se tenait devant l’enseignante. Elle pouvait voir le désir de cette dernière, mais également sa retenue quant au vêtement suivant, son jean. Bien que la brunette est déjà vu sa prothèse, elle ne l’avait jamais vu sans pantalon. Elle n’avait jamais vu son moignon et l’immense cicatrice qui s’étendait jusqu’à mi-cuisse. Emma ne se sentait pas prête à dévoiler tout ceci. À l’exposer à d’autres qu’à elle-même. Pourtant, elle mourrait d’envie de faire l’amour à cette femme, présente devant elle, patiente.

La brunette vint se coller contre sa partenaire, l’encerclant de ses bras, sa tête se posant d’elle-même sur sa clavicule. Rien que ce contact lui suffisait.

—    Nous n’avons pas à coucher ensemble ce soir. Je te veux simplement avec moi.

—    Je suis désolée.

—    Ne le sois pas. Reste tout simplement.

Emma déposa un baiser dans les cheveux bruns, resserrant leur étreinte. Peau contre peau tout était plus réel. Elle avait du mal à réaliser qu’elle était dans la chambre de la latina qui lui demandait de rester avec elle même si rien n’allait se passer. Peu de femmes auraient compris son malaise, voici qu’elle avait trouvé la perle rare. Regina s’écarta pour se diriger vers son placard. Elle en sortit un jogging qu’elle tendit à la blonde. Sans aucun mot, l’enseignante embrassa chastement sa compagnie puis se dirigea vers la salle de bain pour se changer.

Une fois le jogging enfilé, l’institutrice fit un nœud à la jambe droite afin de ne pas sauter sur le vêtement et tomber au sol dans ses déplacements. Prothèse dans sa main, elle sortit de la pièce pour constater que la brunette était déjà dans son lit, installée confortablement sur le côté gauche. La lumière de la table de chevet éclairait d’une manière tamisée l’espace. Les yeux bruns regardèrent la blonde déposer son appareillage contre la chaise capitonnée avant de sauter sur un pied jusqu’au lit.

Elles échangèrent un sourire timide. Emma rougit lorsqu’elle vu le regard de la brunette descendre sur son buste. Soulevant les draps, l’enseignante s’y glissa, faisant de suite face à son hôte. Les doigts de la brune vinrent frôler sa joue. Ce fut la blonde qui captura les lèvres de sa compagnie dans un baiser chaud et tendre. Elle put entendre la latina gémir d’affection. Le baiser changea, s’adoucissant, devant léger comme le vent. Leurs nez se frôlant, se touchant. Leurs lèvres se caressaient, se rencontraient, s’enlaçaient. Regina se rapprocha délicatement du corps de l’institutrice ne souhaitant pas que cette dernière soit mal à l’aise. Il n’en fut rien lorsqu’elle passa sa jambe entre celle de sa partenaire, collant tout son corps contre le sien.

Emma hoqueta de surprise. La peau de la latina était si douce contre la sienne, les seins enfermés dans le vêtement en dentelle noir reposant contre son abdomen. Finalement, la prothésiste posa sa tête sur la poitrine de la blonde qui soupira d’aise. Toutes deux traçaient des lignes inexistantes sur la peau de l’autre, satisfaite de la tournure de cette soirée. Les lèvres rosées embrassèrent les cheveux bruns.

—    Est-ce que ça va comme ça ? Tu es bien ? Demanda inquiète la brunette sans pour autant bouger.

—    Oui. Je suis bien. Merci.

—    Merci à toi d’avoir voulu voler mon aubergine. Taquina la prothésiste.

—    Je l’avais attrapé en première ! Emma s’indigna entrant dans le jeu de son hôte.

—    Je sais, mais je voulais une raison pour te parler.

—    Attends. Tu …

—    Ce n’était pas la première fois que je te voyais au marché. J’attendais seulement le bon moment pour espérer échanger avec toi, et voir si on pourrait sortir ensemble. Avoua la brune en plongeant son regard dans celui de sa compagnie. Finalement, c’est au travail que tu m’as trouvé ensuite.

—    Tu es vraiment quelqu’un Regina Mills.

Emma savait en se tenant debout face à la brune qu’elle ne pouvait faire autrement que de répéter ses mêmes mots deux ans plus tard, lors de ses vœux. Leur effet fut à l’identique de leur première nuit ensemble. Le sourire radieux rempli de larme de sa future femme.

 

FIN

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